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La transition écologique dans le secteur culturel

Dans le secteur culturel, la production et la diffusion des œuvres sont interrogées face aux enjeux de la transition écologique. Le forum Entreprendre dans la culture, organisé par Normandie livre & lecture qui s’est déroulé lundi 23 mars au Cargö à Caen a présenté plusieurs initiatives en danse, au cinéma et en littérature.

Mathieu Delahousse le confie. « J’ai eu une dissonance cognitive. J’ai participé à des projets hors normes à grands renforts de moyens — cinq hélicoptères, des motoneiges et tout le reste — dans des endroits naturels qui n’étaient pas faits pour accueillir un tournage. Certes j’y ai pris beaucoup de plaisir mais l’enjeu est ailleurs désormais. C’était trop impactant sur l’environnement. » Avec Charles Gachet-Dieuzeide, le régisseur a fondé Flying Secoya, une structure qui accompagne le secteur de l’audiovisuel dans une transition écologique.

Pour y parvenir, les habitudes doivent changer. « L’audiovisuel appartient à un secteur court-termiste. Il faut commencer par lever les points de blocage, notamment convaincre que cela coûte moins cher lorsque ce changement est intégré dès le point de départ de la réflexion sur le projet. » Encore aujourd’hui, tous les réflexes ne sont pas pris. Néanmoins, Mathieu Delahousse note des évolutions en matière de transport, de costume et de maquillage, d’alimentation. « Nous sommes passés à 75 % de repas végétariens et ce, sans obligation. »

Des contradictions

C’est un des exemples vertueux présentés lors du forum Entreprendre dans la culture au Cargö à Caen. De son côté, Patricia Dao, administratrice au centre chorégraphique national (CCN) de Caen en Normandie, a pointé des contradictions. « La transition écologique est un enjeu sociétal et il n’est pas question de ne pas agir. Cependant, va-t-on refuser une tournée aux États-Unis pour rester au niveau local ? Par ailleurs, nous avons tous dans nos objectifs une demande de rayonner au-delà du territoire. C’est la même chose pour les transports. Doit-on demander à une compagnie de Marseille de venir en train plutôt qu’en avion alors qu’elle va mettre deux heures au lieu de sept et payer son billet quatre fois plus cher à un moment où nous avons aussi de vrais enjeux financiers ? »

Au CCN de Caen en Normandie, l’équipe a vécu une journée sans numérique. « La vie ne s’arrête pas. Elle prend une autre forme. Mais peut-on proposer un événement sans numérique ? Et là, ce n’est pas simple. » Les structures culturelles régionales mènent ensemble réflexions et recherches. « Ce sont des questions que nous ne nous posons pas seuls. Chacun expérimente et partage aux autres ses expériences. »

Une expérimentation

Des interrogations, il y en a également dans le secteur du livre. Et le livre, « c’est une économie de volume. Il faut sortir de cette logique », remarque Paméla Devineau, exploratrice au Bureau des acclimatations. Une telle décision bouleverserait en effet tout un écosystème. Non seulement il est indispensable de favoriser un accès à la lecture le plus large possible à toutes et à tous mais aussi d’assurer une rémunération aux autrices et auteurs, aux librairies et aux maisons d’éditions ». Même s’il manque encore un diagnostic complet sur l’impact environnemental, « la fabrication est responsable à 70 % dans la chaîne du livre », annonce Paméla Devineau. Faut-il alors privilégier les liseuses ? Pas vraiment. « Un livre de 300 pages équivaut à 300 livres lus sur une tablette par an et par une seule personne. En fait, il n’y a pas une seule réponse. »

Paméla Devineau a néanmoins partagé une expérimentation : un abonnement dans une librairie. Pour une somme déterminée, une personne a accès à trente livres qu’elle doit ramener après les avoir lus. À la fin, elle a le droit d’en garder un seul. « Cela doit être une offre co-construites avec les maisons d’éditions et les librairies. Mais cela pose des problèmes juridiques », explique l’exploratrice du Bureau des acclimatations.

De son côté, l’Afdas (Assurance formation des activités du spectacle) propose d’accompagner les structures avec des formations de développement en compétence. Or, « la transition écologique n’est pas ce qui est travaillé prioritairement, regrette Stéphanie Germain. En 2025, sur l’ensemble des formations suivies par le secteur culturel, 20 % concernaient le développement durable. » Pour inciter, « il faut contraindre, estime la déléguée régionale Normandie de l’Afdas. Après l’obligation de formation sur les violences sexistes et sexuelles, la demande s’est envolée. »

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