Du rock, du funk, du jazz… Il y a un peu tout cela dans la musique de Tankus, un groupe londonien aux multiples influences qui conçoit ses albums et ses concerts comme un moment à vivre pleinement. Le nouveau disque, Valley Of Distraction, raconte les aventures de la vie. Tankus revient mercredi 22 avril au Kalif à Rouen. Entretien avec Jaz Delorean, chanteur, pianiste, auteur et parfois acrobate sur scène.
Vous avez enregistré votre album, Valley of Distraction, dans les conditions du live. Pourquoi ce choix ?
Nous avons passé de nombreuses années sur scène et nous voulions retrouver cette même énergie au studio. Nous avons donc décidé d’enregistrer sans métronome et de nous autoriser un minimum de retouches. Si nous faisions des erreurs en jouant un morceau, nous le rejouions ensemble encore et encore jusqu’à obtenir le résultat souhaité. Même si la meilleure version d’une chanson comportait malgré tout une petite erreur, nous la conservions. L’art est avant tout humain.
Aviez-vous la volonté de capter un instant présent ? Comme on prend une photo.
C’est une bonne métaphore. Pour chaque album, nous avons des compositions qui évoluent au fil des concerts. Lors de la tournée, on peut ajouter ou enlever des éléments selon notre inspiration ou si le public danse ou non ! On venait juste de terminer une tournée européenne exténuante de six semaines quand on a commencé cet enregistrement. Je pense que l’on a eu deux jours de repos. Cependant les morceaux étaient déjà bien écrits. De plus, ils ont été joués sur scène. Seuls les arrangements ont été modifiés. Ils restent toujours vivants. Comme nous. L’album est le reflet de là où nous étions et de ce que nous ressentions.
Cela contraste avec les textes qui évoquent davantage le passé. Est-ce une intention de départ ?
Tout est réfléchi. Je ne pense pas pour autant que ces morceaux soient uniquement ancrés dans le passé. Je crois qu’ils célèbrent le moment présent et seuls deux titres font explicitement référence au passé : That’s Something I Never Thought I Would Do et Fountain Of Youth. Je pense que les autres chansons sont très ancrées dans le présent, très « comment je me sens en ce moment, avec ces personnes, ces lieux et ces émotions qui m’affectent en tant qu’être humain ». Certes, nous avons utilisé du vieux matériel pour créer ces nouveaux morceaux mais nous voulions qu’ils aient un côté intemporel, car au fond, nous sommes en réalité tous aussi âgés les uns que les autres dans cette sphère atmosphérique.
Est-ce que Valley Of Distraction marque un moment de réflexion — pas forcément un bilan — avant d’ouvrir peut-être de nouveaux horizons ?
C’est assurément un voyage, et un voyage introspectif de surcroît. Il faut écouter les chansons les unes après les autres dans l’ordre choisi afin de ressentir pleinement la palette émotionnelle de l’album. Les moments de joie sont empreints de désespoir et de questionnement. Si l’album était ainsi dans son entièreté, il serait plombant et dénué de sens. Lors des concerts, nous verrons comment nous pourrons transmettre de la joie. Elle nous semble parfois une ressource précieuse et limitée qu’il faut chérir.
Pourquoi cet album est si narratif ?
Tankus est et a toujours été un groupe de conteurs. Rien n’est plus humain que de se réunir autour d’un feu pour raconter et entendre des histoires. Cet album s’inscrit dans cette même tradition. Certaines chansons ont été écrites ou jouées pour la première fois autour d’un feu de camp et nous ferons en sorte que cela soit toujours possible.
Vous avez travaillé en studio avec Jim Sclavunos. Quelle a été sa place ?
C’était génial de travailler avec Jim. Dès notre première rencontre, juste avant son départ en tournée avec The Bad Seeds, je crois que nous nous sommes retrouvés au niveau humour et excentricité. Sur l’album, il a apporté une certaine gravité et un humour noir. Je suis auteur et pianiste dans l’âme. Ensemble, nous avons beaucoup analysé les textes, discuté de leur signification et de leur interprétation. Lorsque l’on écrit, il est important de ne pas gaspiller les mots. On n’a parfois que seize vers, voire moins, pour raconter une histoire, et Jim savait parfaitement cerner le sens de chaque phrase. Et en plus, il avait de beaux costumes.
Infos pratiques
- Mercredi 22 avril à 20h30 au Kalif à Rouen
- Première partie : Jo Deer
- Tarifs : de 20 à 13 €
- Réservation en ligne
