Jozef Dumoulin et Fabrice Moreau rhabillent Albin de la Simone. Le claviériste et le batteur accompagnent le chanteur, auteur et compositeur, pour orner de couleurs jazz un répertoire avec huit albums d’une pop si raffinée et poétique. Avec ce projet présenté samedi 9 mai pendant le festival Jazz sous les pommiers à Coutances, Albin de la Simone revient à ses premières amours musicales. Être artiste de jazz a été un de ses rêves. L’artiste l’a réalisé en partie en tant que pianiste avant de trouver une belle place dans la chanson. Entretien avec Albin de la Simone.
Alors, vous voilà rhabillé.
Pas encore complètement. Nous avons pris les mesures. Maintenant, nous sommes en train de faire de la couture. C’est génial, j’ai l’impression de changer de costume.
Ce projet de concert vous permet de revenir au jazz.
Complètement. C’est un retour à ce qui a été mon enfance et ma première vocation. Mais le jazz est une musique qui n’est pas faite pour moi. Pour être musicien de jazz, il faut être comme un sportif de haut niveau et je n’ai pas ce tempérament-là. Je souffrais beaucoup et je ne prenais aucun plaisir. J’ai vécu ce moment comme un échec. J’avais cette impression de me déclasser et de ne jamais atteindre mon but. Il a fallu que j’aille vers quelque chose de différent. Écrire et chanter m’a permet d’être libre et d’être moi-même.
Pourquoi ne vous sentiez-vous pas libre ?
La liberté pure n’existe pas. Il y a toujours des contraintes. Pour moi, le jazz est la musique la plus libre possible et j’avais l’illusion d’y trouver une liberté. La chanson n’offre pas non plus une liberté totale. Elle contraint aussi mais elle ne m’enferme pas. Je continue toujours à écouter du jazz et je retrouve régulièrement des musiciens amis avec lesquels j’ai beaucoup joué.
Pour ce concert, vous êtes au Fender Rhodes et vous laissez le piano à Jozef Dumoulin.
Il est un musicien extraordinaire. Le Fender Rhodes est sa spécialité. Je suis à son instrument et lui au piano. Là, Jozef n’est pas tout à fait dans son élément. J’aime comment il joue du piano. Dans ce projet, nous sommes tous un peu déplacés. Ce qui permet d’aller de surprises en surprises.
Comment avez-vous choisi les chansons de votre répertoire pour ce concert ?
Il y a les incontournables. J’ai aussi demandé à Jozef et Fabrice. La plupart des morceaux fonctionnaient bien. Tout cela s’est fait de manière très improvisée. Dans le jazz, on digère l’ADN d’un morceau, les accords, la mélodie. Ensuite, on rebat les cartes pour le jouer de manière plus rapide ou plus lente, plus silencieuse ou plus bavarde. Nous avons un axe qui est la chanson et tout est ensuite redéfinit. Avec eux, rien n’est fixé. Chaque répétition est différente. Alors le concert sera unique. Je pense que cette expérience va me donner des envies pour l’avenir.
Quelle est votre place dans ce trio ?
Je suis à la place du soliste qui joue la mélodie. Les chansons sont respectées. Jozef et Fabrice apportent un langage plus complexe, plus riche, plus dense et plus instable. Comme j’ai beaucoup joué de jazz, je ne suis jamais perdu. Nous avons ce langage commun. Le temps peut être variable, ils peuvent tous les deux provoquer des tempêtes ou partir vers des choses plus atonales, je ne suis pas perdu.
Comment entendez-vous vos chansons avec ces nouvelles couleurs jazz ?
Mes chansons sont très écrites. Je ne suis pas un mec très souple. Après avoir écrit un titre, je n’y touche plus. Là, le fait d’enlever les accompagnements donne aux chansons une autre lecture. C’est très acoustique avec parfois une petite touche électro — Jozef peut recycler le son du piano. On peut même être proche de la musique contemporaine. Ce projet me rapproche du jazz que j’aime. Celui de Jean Texier, d’Aldo Romano, de Louis Sclavis. Je me retrouve là à vivre ces moments et je prends beaucoup de plaisir.
Infos pratiques
- Samedi 9 mai à 15h30 au théâtre à Coutances
- Tarifs : de 25 à 12,50 €
- Réservation en ligne
