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Frédéric Sonntag : « c’est le propre des artistes d’être des créateurs de mondes »

Photo : Gaelic69

Ils sont cinq, deux hommes et trois femmes, un patron milliardaire illuminé et quatre artistes et scientifiques. Tous ont décidé de s’enfermer dans un écosystème pour vivre en complète indépendance et autosuffisance. C’est l’histoire de Biosphère, la nouvelle création théâtrale de Frédéric Sonntag, présentée lundi 18 mai au Cadran à Évreux pendant le festival des AnthropoScènes. L’auteur et metteur en scène, fondateur de la compagnie ASA NISI MASA, a écrit un huis clos haletant, entre utopie et dystopie, en se référant à Biosphère II, une expérience menée dans les années 1990 dans le désert de l’Arizona aux États-Unis. Entretien avec Frédéric Sonntag.

Qu’est-ce qui vous a intéressé dans cette expérience américaine ?

Cette pièce fait partie d’un cycle sur les imaginaires du futur. Je me demande comment les arts et la science peuvent imaginer d’autres futurs ? J’avais envie de partager cette problématique. En effectuant des recherches, je suis tombé sur cette expérience avec cet enjeu : comment trouver des solutions face aux dérèglements climatiques et la catastrophe écologique qui s’annonce ? Là, l’objet est de mettre sous une bulle une Terre miniature et d’étudier les comportements des êtres vivants. Cela crée un monde qui met en interaction les humains, la faune et la flore. Mais est-ce souhaitable ? J’ai trouvé cette expérience très riche de questionnements. J’ai voulu y apporter une dimension poétique et un regard critique.

Comme pour vos spectacles précédents, avez-vous mené des enquêtes ?

Oui, dans un premier temps, il y a toujours une dimension d’enquête dans le processus de travail. J’invite aussi le spectateur à ensuite mener son enquête. Dans cette expérience, il y a une articulation entre écologie et espace. Elle a une visée écologique parce que les humains doivent vivre en autonomie, penser au recyclage non polluant… Elle a aussi une dimension spatiale parce que l’on pense à ce monde astro-capitaliste. Et cela donne des choses complètement délirantes. À partir de cette recherche, je m’inspire de cette expérience et je m’en éloigne pour fabriquer une fiction avec une dimension dramatique, des éléments poétiques et une distance comique.

Comment appréhender cette expérience aujourd’hui ?

Tout se décale dans le temps parce que nous pouvons avoir un regard ironique sur l’expérience puisqu’elle a échoué. Il est en effet intéressant de se demander comment tout cela résonne aujourd’hui. Il faut rappeler que cette expérience a été imaginée par un collectif de théâtre. Nous étions dans les années 1970 dans un théâtre de tous les possibles. Ce collectif avait créé une communauté et proposait des créations expérimentales liées à des problématiques écologiques. Il fallait voir cela comme une performance artistique. C’est le propre des artistes d’être des créateurs de mondes.

Qui sont les cinq personnages de Biosphère ?

Quatre d’entre eux font partie de ce collectif de scientifiques et d’artistes qui a fondé dans les Pyrénées un lieu pour vivre en autonomie et en autosuffisance. Ils vont entrer en contact avec un jeune entrepreneur de la tech qui travaille sur la réalité virtuelle. Lui est en pleine crise existentielle. Il a gagné beaucoup d’argent et veut construire un autre monde, ouvrir un laboratoire pour préserver un écosystème. De cette rencontre va naître ce projet. Les cinq personnages s’enferment donc pendant un an. Ils mettent en scène cette expérience, ce voyage immobile et ils vont devoir inventer pour vivre ensemble.

Est-ce que ces cinq personnages vivent ce voyage de la même manière ?

Ce qui m’a intéressé, ce sont tous les questionnements soulevés par le groupe, la solitude de chacun. Les unes et les autres vivent cette expérience différemment. On va percevoir la réalité en fonction de l’expérience de chacun et cela prend une dimension fantastique. On va raconter le point de vue de chacun. On va aller dans les rêves, les réflexions, les délires. On va explorer le rapport à soi, au groupe, à l’isolement, à la nature, au temps.

Vous avez préféré raconter non pas une utopie mais une dystopie. Pourquoi ?

C’est à la fois une utopie et une dystopie, une utopie qui porte en elle le potentiel d’une dystopie. Est-ce que le monde dit idéal est vraiment idéal ? Tout cela peut paraître vertueux mais il y a là un désir de maîtriser la nature. On se demande quel est ce monde qui veut nous offrir une utopie et nous enfermer dans une bulle ? C’est beaucoup plus dystopique. 

Quelle est la place de la vidéo dans ce spectacle ?

Ce spectacle est vraiment pluridisciplinaire. Il y a une vraie articulation entre le texte, les acteurs, la musique, la scénographie et la vidéo qui fait exister l’environnement et le rapport au temps. La vidéo raconte aussi l’espace mental de chaque personnage. Il y a tout un dispositif pour donner à entendre les pensées. Chacun doit tenir un journal de bord vidéo et entrer dans un confessionnal pour faire des confessions à la caméra et voir comment le moral se maintient. Comme dans les émissions de télé réalité.

Infos pratiques

  • Lundi 18 mai à 20 heures au Cadran à Évreux
  • Durée : 1h50
  • À partir de 13 ans
  • Tarifs : de 20 à 10 €
  • Réservation au 02 32 29 63 32 ou en ligne
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