Un nom banal, Martin Dupont, pour un groupe fabuleux, formé à Marseille par Alain Seghir, qui a marqué le début des années 1980 avec une new wave hypnotique. Devenu culte, il a repris le chemin des concerts avec un nouvel album, You Smile When It Hurts, et sera au festival Foul Weather qui se déroule vendredi 22 et samedi 23 mai au Fort de Tourneville au Havre.
« Je me sens chanceux. » Alain Seghir retrouve en 2023 avec plaisir le monde de la musique presque quatre décennies après l’avoir quitté. « Je suis très touché. Je vois des jeunes dans le public qui connaissent les chansons par cœur. Je n’en reviens pas. Ça, c’est un bonheur immense. » Retour dans les années 1980, à Marseille, Alain Seghir fonde Martin Dupont, une figure devenue culte de la scène new wave avec un son si singulier, des mélodies accrocheuses, empreintes d’une douce mélancolie, et des textes d’une poésie surréaliste. À cette époque-là, il était étudiant en médecine.
Études ou musique ? « J’ai le sentiment de ne jamais avoir choisi. La vie s’en est chargée à ma place. J’ai suivi mes études, passé un concours de spécialité ORL. Là, impossible d’être dans la médiocrité. Alors j’ai fait un break tout en me disant que j’allais me remettre à la musique. Puis, j’ai été nommé chef de service assez jeune. » Alain Seghir décroche tout d’abord un poste de praticien hospitalier au Havre. Il y reste deux ans et accepte un poste de chef de service à Cherbourg. « La passion pour ce travail me portait. J’adorais tellement mon métier. J’étais totalement investi et la musique ne me manquait pas. Le samedi, j’allais chez le disquaire du coin et j’achetais plein de disques. Je vivais la musique autrement. »
Comme lorsqu’il était enfant. Il s’est retrouvé dans un pensionnat religieux très strict. La musique, il allait l’écouter l’oreille collée à la porte de la chambre des ados. « J’éprouvais autant de plaisir à chanter dans la chorale de l’école qu’à écouter du métal en cachette. » Du métal, puis du rock, de la pop, après la musique classique et le jazz. « J’ai de la chance d’avoir ce goût éclectique. C’est peut-être cela qui donne une couleur particulière au son de Martin Dupont. »
L’adolescent apprend à jouer de la basse, s’achète des machines et commence à composer. « Je suis un vrai autodidacte. Quand je me mets devant les synthés, je laisse aller mes doigts. Ce qui compte, c’est l’ambiance que je peux créer. Je compose de manière spontanée. J’ai une base instrumentale puis je me mets devant le micro. Viennent alors la mélodie et le texte en anglais. » Les titres s’enchainent, les albums, les succès et les tournées aussi jusqu’à la séparation du groupe en 1987.
En concert samedi 23 mai au festival Foul Weather au Havre, Martin Dupont est plus tard repéré par les cinéastes, les maisons de couture. Des artistes de la scène électronique remixent quelques morceaux. Alain Seghir fait son retour grâce à Millimetric. « Le groupe m’a invité à chanter sur son nouvel album. J’ai accepté mais je me revois encore sur la route à faire face à des bouffées d’anxiété. J’avais peur de ne pas pouvoir chanter. Au studio, la voix est sortie. La mélodie et le phrasé sont revenus naturellement. Tout était intact. En fait, le corps est au service de l’expression de l’âme. »
Pour Alain Seghir, une différence entre hier et aujourd’hui : « ce que j’ai perdu en spontanéité, je l’ai gagné en maturité. » Le chirurgien ORL rachète des machines, se lance à nouveau dans la composition et dessine un autre visage à Martin Dupont, avec de nouveaux membres, pour repartir en tournée avec un nouvel album, Your Smile When It Hurts. Une suite logique aux titres des années 1980.
La programmation
- Vendredi 22 mai : Maria Wallace, Cooper T, Nyssa & Fiscal Harm, The Family Battenberg, Opus Kink, Knives, Brainrot Cowboy, Smudged, Hotwax, 329 et Baby Berserk.
- Samedi 23 mai : Blue Peony, The Olympus Quartet, Brainrot Cowboy, shortstraw., Lime Garden, Nyssa & Fiscal Harm, Frenzee, Martin Dupont, Body Horror, La Beauté du diable, Maquina
Infos pratiques
- Vendredi 22 mai à 18 heures et samedi 23 mai à 16h30 au Fort de Tourneville au Havre
- Tarifs : 45 € les deux jours, 30 € une journée
- Réservation en ligne
