L’odyssée du mère dans les dédales de l’administration

Alice (Élodie Bouchez) se bat pour trouver une place dans la société pour son fils Ulysse (Alphonse Roberts) / Photo : ARP

Ulysse de Lætitia Masson raconte dix-huit ans de la vie d’un petit garçon pas tout à fait comme les autres et le combat de sa mère pour qu’il trouve sa place dans la société. Une odyssée, au cinéma dès mercredi 17 juin, portée par la généreuse Élodie Bouchez.

Lætitia Masson met en scène deux parents confrontés au handicap de leur fils. Alice (Élodie Bouchez), chercheuse en sociologie, et Luc (Stanislas Mehrar) accueillent avec bonheur un adorable petit Ulysse. Pourtant, ils ne tardent pas à constater que quelque chose ne va pas. À 1 an, il montre un certain retard et le diagnostic tombe : il est atteint d’un syndrome génétique qui va perturber son développement physique et cognitif. Ulysse grandira mais pas au même rythme que les autres et ses capacités seront plus limitées. Alice va alors mettre un coup de frein à sa carrière et se dévouer à son fils. Elle cherche toute l’aide possible pour amener Ulysse à marcher, parler, apprendre, comprendre… 

« Je n’avais jamais envisagé de raconter cette histoire, même si mon ami Cédric Khan m’avait suggéré d’en faire un film il y a dix-quinze ans, nous confie Lætitia Masson lors de l’avant-première du film à l’Omnia de Rouen. Mais je lui avais alors dit non. D’abord parce que c’est une histoire qui m’appartient, c’est ma vie, que plein de gens la vivent. Puis, moi, mon inspiration, elle vient de mon observation du monde, pas de ma propre vie. »

Et puis le temps a passé… « Ma perspective a changé quand mon fils a trouvé sa place — enfin une place. J’étais apaisée et je réfléchissais à tout ce qui nous était arrivé à nous deux et à ce que cela voulait dire pour les gens différents. J’avais bien conscience d’avoir un privilège puisque c’est mon métier d’observer. C’était plus évident pour moi de comprendre les choses et d’accompagner mon fils. Plein de parents que j’ai rencontrés sont souvent plus démunis financièrement ou dépassés par la situation. Moi, j’avais une connaissance du système assez exhaustive et intime, j’ai vu tous les dysfonctionnements, et si je n’en faisais pas quelque chose, je faillissais à mon devoir de cinéaste. »    

Avec son fils

Alors Lætitia Masson raconte les dix-huit premières années d’Ulysse, et elle sait de quoi elle parle quand elle filme l’énergie que doit fournir une mère pour s’engager dans un parcours du combattant, franchir les dédales de l’administration : « Toute la partie intime est fractionnée mais tout ce que je raconte sur la confrontation avec le système est réel alors que ça peut paraître surréaliste, tragique et burlesque à la fois » s’amuse-t-elle. Et ça commence dès la recherche d’une place en crèche, puis à l’école primaire, puis dans un lycée spécialisé, sans oublier la recherche de tous les soignants — pédiatre, kiné, orthophoniste, psy — qui interviennent régulièrement dans la vie de l’enfant. 

Pour la fiction, la réalisatrice a trouvé sa mère-courage en la personne d’Élodie Bouchez, sensible, douce mais déterminée et combattive à la fois. Un rôle qu’elle a déjà porté à plusieurs reprises, notamment dans le magnifique Pupille de Jeanne Herry (2018). Elle fait du papa d’Ulysse un pianiste professionnel — la musique de Bach, Schubert… accompagne le film avec délicatesse — un père souvent absent, dont Stanislas Merhar, aussi charismatique que discret, joue l’investissement et la tendresse à distance, avec des rendez-vous réguliers sur la plage du Havre.

Quant au héros, c’est le propre fils de Lætitia Masson, Alphonse Roberts, qui incarne fièrement cet Ulysse devenu adulte : « Dans la vie, Alphonse a une nature très positive et comme tout va bien maintenant, le fait que je raconte son histoire ne lui posait pas de problème, rassure Lætitia Masson. Devenir acteur l’intéressait car il est déjà très cinéphile. C’est un spectateur de base mais il a cette intuition qui lui permet de différencier le réel de la fiction. Lui, il était surtout impressionné de jouer avec Élodie qu’il avait déjà vue dans des films. Ça l’intéressait beaucoup de voir comment elle, si sympathique dans la vie, réussissait à se concentrer pour jouer les scènes avec des émotions différentes. Il est rentré dans le jeu d’Élodie et ils ont créé un lien qui n’est pas du tout le même que le nôtre dans la vie. Je pense qu’il a vraiment compris ce que c’est qu’être acteur. » Une conclusion réjouissante à un film beau et utile. 

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