Présenté à la Quinzaine des Cinéastes, au dernier festival de Cannes, Shana de Lina Pinell, au cinéma mercredi 17 juin, révèle une jeune actrice encore méconnue, Éva Huault.
Lila Pinell et Éva Huault se sont rencontrées lorsque la réalisatrice tournait son premier documentaire, Nous arrivons, dans une colonie de vacances. Alors fillettes, Eva et ses deux copines se distinguaient déjà du groupe. Quelque vingt années plus tard, les deux femmes se sont retrouvées ; la comédienne tenant le rôle principal du court-métrage Le Roi David, Prix Jean Vigo en 2021, primé au Festival du Court Métrage de Clermont-Ferrand 2022 et sélectionné aux César en 2023. Aujourd’hui les voici de nouveau réunies pour Shana, un premier long-métrage — comme un prolongement du Roi David — présenté au festival de Cannes dans le cadre de la Quinzaine des Cinéastes.
Lila Pinell a le chic pour filmer les bandes, l’ambiance, les échanges, le rythme. Dans sa bande de copines, Shana joue les princesses. Débordante d’énergie, la répartie facile, la jeune femme semble dominer toutes les situations même les crises. Pourtant le quotidien de Shana, c’est une succession de galères représentées au générique par des tableaux montrant les dix plaies d’Egypte. Des galères qu’elle traverse avec plus ou moins de bonheur : son petit-ami (Sékouba Doucouré) la harcèle depuis sa cellule, sa meilleure amie (Inès Gherib) donne priorité à son mec. C’est très tendu avec sa mère (Noémie Lvovsky). Sa grand-mère (Geneviève Krief) vient de mourir. Pour combler ses problèmes d’argent, elle pioche dans la cagnotte de son compagnon. Et le pire arrive quand, à sa sortie de prison, Moïse lui réclame 3000 €. Shana sait qu’il ne plaisante pas. Elle place tous ses espoirs dans la bague de sa grand-mère qu’elle a reçue en héritage.
Malgré un caractère bien trempé, un côté sans-gêne horripilant, une pointe de vulgarité, Shana parvient à susciter l’empathie du spectateur. « J’essaie de tout faire bien mais y’a rien qui va », se lamente cette enfant qui semble avoir grandi trop vite. Le film suit ainsi son désir d’émancipation, cette soif de liberté et cette course contre la montre pour trouver de l’argent. On passe par tous les genres : fable sociale, comédie naturaliste, thriller stressant… et Lila Pinell réussit son pari en grande partie grâce à la jeune Éva Huault qui nous fait rire et nous émeut quelle que soit la plaie qui lui tombe dessus…
À Cannes, Shana a remporté le Prix de la SCAD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques), une bonne raison pour aller à la rencontre de Shana.
- Shana de Lila Pinell (France, 1h23) avec Eva Huault, Noémie Lvovsky, Inès Gherib…
