C’est le temps du festival du CDN de Normandie-Rouen, Sages comme une page blanche. Mercredi 24 et jeudi 25 juin au théâtre des Deux-Rives, les treize élèves de la classe théâtre du conservatoire terminent leur année avec la représentation de la pièce de Manuel Antonio Pereira, Capital risque, mise en scène par Émeline Frémont et Thomas Germaine.
Ils forment un groupe d’amis soudés depuis le lycée. Le bac en poche, il va éclater. Chacune et chacun vont en effet tracer leur chemin. Les plus ambitieux visent l’entrée dans une prestigieuse école de commerce à Paris. Les autres préfèrent rester dans leur ville, Rouen, pour étudier à la fac ou trouver un emploi.
C’est l’histoire de Capital risque, une pièce de théâtre de Manuel Antonio Pereira qu’Émeline Frémont et Thomas Germaine, les deux metteurs en scène, ont choisie pour les travaux de fin d’année de la classe théâtre du conservatoire de Rouen, présentés mercredi 24 et jeudi 25 juin au théâtre des Deux-Rives. « C’est un texte choral et une belle partition à défendre », estime Émeline Frémont. « C’est une pièce qui parle de la jeunesse d’aujourd’hui, de ce monde capitaliste, centré sur l’argent, qui broie une jeunesse mise en concurrence. Même au sein du couple, la relation doit rapporter », ajoute Thomas Germaine.
Le travail de préparation a été effectué avec les treize élèves. Tout d’abord les coupes dans le texte. Le groupe s’est ensuite nourri de films et de documentaires. Il est également allé enquêter dans les écoles de commerce pour écrire des partitions théâtrales intégrées à la pièce de Pereira. Des discussions ont porté sur les femmes. « L’auteur les minimise, remarque la metteuse en scène. Les femmes doivent être parfaites, porter des vêtements de marque et avoir les codes de ce monde. Nous nous sommes demandé comment les faire exister. il y a eu un vrai dialogue entre nous. »
Des renoncements
Capital risque a fortement résonné chez les treize élèves du conservatoire de Rouen. L’auteur « incite à nous interroger sur la notion de réussite, indique Matti. Dans la pièce de théâtre, réussir sa vie professionnelle, voire sa vie tout court, n’a pas la même saveur. Pour certains, c’est synonyme de gagner de l’argent et d’intégrer le cercle d’une élite. Pour les autres, la priorité est ailleurs. Pourquoi ne pas trouver l’amour ? « Cette idée est individuelle et collective, poursuit l’apprenti comédien. Aujourd’hui, le monde pousse à la réussite individuelle, à une émancipation personnelle. En fait, à être le plus égoïste possible. Cela infuse dans le groupe et colle la pression à quelques-uns. »
Diane s’est plongée dans cette histoire. « Nous partageons la même période de vie que les personnages. C’est une période charnière : la bascule vers l’âge adulte. L’idée de devoir réussir et de ne pas être en échec est là en permanence. Cela bouscule les valeurs qu’ils défendaient et crée des conflits. » Edgar se sent « éloigné de ces jeunes et de leurs enjeux. J’ai du mal à comprendre ce qu’ils font dans une école de commerce. Se créer une bible avec des références cinématographiques a permis de développer un imaginaire. » Pas Aldaric : « ils ne sont pas loin de nous. Il y a le même taux d’entrée dans les écoles de commerce que dans celles de théâtre. La même question se pose : comment je fais pour survivre dans ce monde ? »
Dans Capital risque, Manuel Antonio Pereira raconte un épisode de la vie d’une jeunesse actuelle qui doit faire des choix. Pour une partie d’entre elle, il faudra oublier des valeurs, renoncer à des rêves, même se brûler les ailes.

Infos pratiques
- Mercredi 24 et jeudi 25 juin à 20 heures au théâtre des Deux-Rives à Rouen
- Durée : 1h30
- Spectacle gratuit
- Réservation au 02 35 70 22 82 ou en ligne
- Aller au spectacle en transport en commun avec le réseau Astuce
