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Six artistes portent un regard sur Le Havre

photo : Anne-Bettina Brunet

Des icebergs, des coraux, des miroirs, une cabine téléphonique et des jarres multicolores… Toutes ces œuvres, présentées pendant Un Été au Havre jusqu’au 20 septembre, sont exposées dans la ville et viennent taquiner notre regard.

Il fait chaud, très chaud. Alors ces Icebergs dans le bassin du Commerce intriguent. Ces blocs de glace, d’une blancheur immaculée, dessinés par Gaspard Combes, contrastent dans un paysage urbain et sous une chaleur caniculaire. Difficile de ressentir une impression de fraicheur mais l’étonnement et le plaisir sont là. Ces Icebergs entrent en résonance avec le Volcan, cette haute bâtisse, elle aussi toute blanche, et offrent une scène unique et poétique. Ils flottent et se déplacent selon les marées. « J’ai souhaité un paysage vivant », indique l’artiste.

Gaspard Combes a créé cette installation sur un lac en Suisse — là les montagnes étaient en miroir des Icebergs. Haute de 10 mètres, la grande arche, avec des blocs plus petits, est une structure métallique construite avec de multiples blocs de polystyrène, d’une forte densité, taillés au fil chaud. Avec Icebergs, Gaspard Combes lance un message d’alerte sur « le réchauffement climatique, la fonte des glaces et la montée des eaux. » C’est une des six œuvres d’Un Été au Havre exposées jusqu’au 20 septembre.

photo : Anne-Bettina Brunet

Corallium de Charlotte Huard est une pièce complètement différente. Néanmoins, elle est aussi toute blanche et évoque également les conséquences du bouleversement climatique. Quand un corail est blanc, il est mort. « Le corail est très fragile, sensible et subit les aléas de la nature. Par sa couleur, j’ai voulu amener le public à réfléchir sur la faune et la flore qui ont besoin d’être préservées », explique l’étudiante à l’ESADHaR (école supérieure d’art et de design Le Havre-Rouen).

Avec Corallium, Charlotte Huard a aussi eu pour objectif de « travailler sur l’organique » et être en lien avec les Havrais et les Havraises. « Je suis fascinée par les mains. C’est pour moi un bel outil de communication et ce qui nous relie aux autres. Les mains racontent beaucoup de la personne par leurs formes, leurs éventuelles cicatrices… » Corallium est une sculpture avec 5 modules — le plus grand mesure 2,50 mètres de long et 70 centimètres de large, les quatre autres, 1 mètre de long et 40 centimètres de large. Charlotte Huard l’a construite à partir du moulage d’environ 900 mains effectué lors d’une vingtaine d’ateliers. « J’avais envie de figer un bout d’identité, un instant, une histoire, que les gens donnent un bout d’eux. » Ce Corallium, posé près de la Halle aux poissons, raconte aussi de multiples parcours.

Un miroir, il y en a un sur le quai Southampton. Avec Sur Le Motif, tel un périscope, Guillaume Aubry offre au public le point de vue de Claude Monet ce 13 novembre 1872 à 7h35, ce moment durant lequel il a peint depuis la chambre de l’Hôtel Amirauté, Impression, soleil levant, le célèbre tableau qui a donné son nom au courant impressionniste. 

photo : Anne-Bettina Brunet

Sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame du Havre, Sophia Taillet a installé au sol non pas un mais quinze miroirs — et ceux-là sont rotatifs. Il suffit de les faire tourner, comme des toupies, pour découvrir une autre perspective de la ville. Spinning Around ressemble à une dalle de jeux de plein air. « Les miroirs révèlent la façade de l’édifice et l’architecture environnante. Cela permet d’entrer en dialogue avec cette architecture et en relation avec la ville et son histoire. » Chaque mouvement crée une surprise, offre un instant suspendu et contemplatif.

photo : Sophia Taillet

L’architecture est le sujet du projet de Grégory Chatonsky, La Ville qui n’existait pas, qui tisse des liens entre passé, présent et avenir. L’épisode IV est consacré à La Maison des rêves (2050-2612). L’artiste a ainsi imaginé une cabine téléphonique sur le modèle de La Parisienne. « C’est un objet qui m’obsède. Il n’existe plus pour certains et n’a jamais existé pour les autres. » Pour Grégory Chatonsky, en 2612, « cet endroit sera sous l’eau. La cabine peut être là comme un abri pour les poissons. » Installée sur le front de mer, elle est en béton avec quelques motifs visibles sur les bâtiments Perret. À l’intérieur se trouve une boîte violette avec un combiné en forme de main — celle de Grégory Chatonsky. Il suffit de décrocher pour entendre des récits de la ville du Havre.

Les Génies aussi passent le permis. Un titre des plus énigmatique. C’est l’œuvre de Samuel Trenquier à découvrir dans le square Albert-René, un parc, semblable à une ville en miniature, avec ses carrés de verdure, ses allées, ses carrefours, son rond-point et une signalétique routière. Depuis des décennies, les jeunes havraises et havrais viennent passer leur brevet de cycliste. C’est là que Samuel Trenquier a placé ses jarres colorées — certaines ont été confectionnées avec les habitants. Le square devient le refuge à des êtres mythologiques et fantastiques qui peuvent peut-être écouter les rêves et exaucer les vœux.

Infos pratiques

  • Jusqu’au 20 septembre dans la ville du Havre
  • Gratuit
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