La réalité que l’on tente de cacher

Léa (Frida Hornemann) cherche sa place au sein de sa famille. Pour elle, ce sera peut-être à travers le chant…  / Photo : The Match Factory

Avec Home Stories d’Eva Trobisch, au cinéma mercredi 29 juillet, on entre dans l’intimité d’une famille à travers le portrait d’une adolescente sélectionnée pour participer à une émission de télé-réalité. 

Le point de départ de Home Stories, c’est l’émission The Voice qu’Eva Trobisch regarde en se sentant très émue par une jeune chanteuse et surtout par des parents, bouleversés, qui l’admirent dans les coulisses. C’est là qu’est née Léa (Frida Hornemann), 16 ans, douée pour le chant. Elle est sélectionnée pour participer à une émission de télé-réalité. L’adolescente se réjouit d’une telle aventure jusqu’au moment où la production prévoit de la présenter au public à travers des interviews en famille.

Là encore, c’est une expérience personnelle d’Eva Trobisch qui donne du vécu à son film. En se préparant à répondre à une interview suite au succès de son premier long-métrage, Comme si de rien n’était (2018), la réalisatrice berlinoise s’interroge sur l’image qu’elle accepte de donner d’elle-même. C’est la question que se pose Léa, riche d’une grande copine avec laquelle elle chante en duo, d’un petit frère, de parents divorcés (Gina Henkel et Max Riemelt), de grands-parents (Peter René Lüdicke et Rahel Ohm) qui gèrent un haras et un hôtel magnifique mais sont menacés par la faillite. Elle déteste sa mère, enceinte de son nouveau compagnon, tolère son père, sans plus, mais admire sa tante (Eva Löbau) qui cherche à faire revivre un musée, témoin du travail des femmes dans l’ex-Allemagne de l’Est. Et Léa n’a aucune envie d’être associée à l’un des membres de sa famille. 

Eva Trobisch parvient à nous émouvoir avec cette famille dysfonctionnelle. Sans porter de jugement, elle filme des repas mouvementés, des moments de complicité entre les uns ou les autres, des sourires échangés, des soupirs désespérés, des disputes froides, des éclats de voix, des crises aiguës… En prime, ce film choral lui permet de livrer un aperçu des bouleversements vécus par les Allemands de l’Est au moment de la chute du mur du Berlin en 1989. À l’image de ce château, présenté comme une résidence princière sous l’Empire, devenu une maison de retraite à l’époque de la République démocratique allemande puis un lieu d’exposition depuis la réunification. Pour Eva Trobisch, Home ne signifie pas seulement maison, mais aussi pays.

Partager l'article