Shu Qi, la comédienne de Resurrection, passe derrière la caméra pour la première fois avec Girl, un drame douloureux mais délicat, présenté à la 82e Mostra de Venise et au cinéma mercredi 5 août.
Comédienne, mannequin, chanteuse, la Taïwanaise Shu Qi s’est lancée dans l’aventure de la mise en scène après avoir travaillé dix ans sur l’écriture du scénario de son premier long-métrage. Elle est parvenue à ses fins en présentant Girl à la dernière Mostra de Venise, film douloureux évoquant l’influence — positive ou négative — de la famille sur la construction d’un individu.
Shu Qi nous emmène à Taïwan en 1988 pour faire la connaissance de Hsiao-lee (émouvante Bai Xiao-Ying), une ado timide qui n’a pas encore trouvé sa place auprès des siens : un père alcoolique (Roy Chiu), une mère (9m88 alias Joanne Tang Yu-chi) dure avec elle-même et avec son aînée, et une petite sœur dont elle a très souvent la charge.
Une tristesse dans le regard
La réalisatrice plante le décor d’une famille pauvre, dysfonctionnelle, vivant dans un appartement exigu. Elle filme leurs conditions de vie difficiles, la pénibilité du travail des parents, leur mésentente flagrante, les disputes répétitives, la violence des coups qui s’abattent sur l’épouse ; les filles se terrant dans leur chambre en temps de crise aiguë.
Pendant les soixante premières minutes, le spectateur a la gorge serrée. Il respire mieux lorsqu’il sort du foyer. Mais il est difficile de ne pas remarquer que Hsiao-lee sourit peu, que son regard reste triste. Son comportement toujours sur la réserve nous met au bord des larmes. On se réjouit de la voir rencontrer Li-li (Audrey Lin), jeune fille insouciante, pleine de vie, qui va l’amener à s’évader et vivre, pour une fois, la journée d’une ado comme tant d’autres.
Cette parenthèse enchantée aura un prix. Pour Shu Qi, la mère répercute ses traumatismes sur sa fille, comme si l’éducation d’un enfant ne pouvait être que la copie conforme de celle que l’on a reçue. La vie de Hsiao-lee ressemble au tunnel que les filles empruntent pour aller à l’école. Le spectateur n’a qu’un espoir, qu’elle ait la force et la patience d’en voir le bout.
- Girl de Shu Qi (Taïwan, 2h04) avec Roy Chiu, Esther Liu, Yu-Fei Lai…
