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Julie Duclos : « emmener le public dans une forme d’épopée »

Il y a beaucoup de mystère dans ce texte. L’histoire n’est pas nouvelle puisqu’elle raconte un trio amoureux. Golaud s’éprend de Mélisandre et l’épouse. Or la jeune femme qui était perdue dans la forêt tombe amoureuse du frère de son mari, Pelléas. C’est un amour impossible, interdit, passionné qui conduit à la mort. Julie Duclos mêle les codes du théâtre et du cinéma dans ce Pelléas et Mélisandre de Maeterlinck, empreint de poésie. C’est jeudi 14 et vendredi 15 novembre au CDN de Normandie Rouen. Entretien avec la metteuse en scène.

Est-ce que le texte de Maeterlinck vous accompagne depuis plusieurs années ?

Oui, c’est un texte que je connais bien, qui m’accompagne en effet et que j’aime beaucoup. Il y a chez Maeterlinck une profondeur, une spiritualité. C’est l’œuvre qui m’a donné envie de monter un texte. Pelléas et Mélisandre est à la fois un texte contemporain et classique. Comme il est très peu monté, on part presque d’une page vierge. C’est surtout une pièce qui offre des visions. Moi qui fonctionne toujours par images, il y a eu une rencontre avec un univers, une vision provoquée par l’écriture.

Comment définiriez-vous la langue de Maeterlinck ?

Le travail sur l’écriture de Maeterlinck est un vrai défi. La langue est poétique et, en même temps, simple et concrète. Elle a une dimension métaphorique. On peut entendre un monde au-delà de ce qui est dit. Dans notre recherche, il a fallu trouver la dimension concrète, une vérité dans la façon de se parler et de préserver ce mystère.

Comment faire cohabiter ces deux dimensions, concrète et poétique ?

Des choses peuvent s’opposer et fonctionner ensemble. C’est toute la singularité de l’écriture de Maeterlinck. Dans cette histoire, il y a des souterrains, des grottes, un château, une fontaine… Notre question a été : comment et jusqu’où représenter ? Je n’avais pas envie d’un espace vide ou rempli d’éléments réalistes. Il ne fallait pas tomber dans le tout de la représentation afin de laisser une part à la suggestion. Nous avons choisi une scénographie en mouvement pour emmener le public dans une forme d’épopée.

Vos précédents spectacles sont nés sur le plateau. Comment avez-vous travaillé avec les comédiens sur Pelléas et Mélisandre ?

Il était important de ne pas arriver trop tard dans la scénographie pour travailler sur les personnages, les situations, aussi sur la langue. L’important est toujours de trouver la dimension concrète, de rencontrer le personnage, de déceler des similitudes avec sa propre vie. Il faut être au plus proche de soi dans une situation fictive. C’est tout un équilibre à trouver.

Qui est vraiment Mélisandre ?

Nous avons souvent une image faussée de Mélisandre. On la compare souvent à Juliette de Roméo et Juliette de Shakespeare. Mélisandre porte un mystère. On ne sait pas d’où elle vient, ce qu’elle a vécu. Elle s’exprime peu. On ne sait pas non plus ce qu’elle veut. Elle est une attraction magnétique. Après son arrivée dans le château, tous vont être attirés comme des atomes. Jusqu’à ce que survienne un drame. Comme une sorte de destin.

D’où vient ce mystère ?

Il tient à l’écriture de Maeterlinck qui s’intéresse au mystère de la vie. Qu’est-ce qui fait que l’on meurt ? Cette question tourne autour de chacun. On pénètre dans ce château comme on accède  à son inconscient. Il y a de la magie, des atmosphères brumeuses. C’est presque une hypnose.

Infos pratiques

  • Jeudi 14 et vendredi 15 novembre à 20 heures à l’espace Marc-Sangnier à Mont-Saint-Aignan.
  • Spectacle tout public à partir de 15 ans
  • Rencontre avec l’équipe artistique à l’issue de la représentation du 15 novembre
  • Spectacle en audio description le vendredi 15 novembre
  • Tarifs : 20 €, 15 €. Tarifs étudiants : carte culture.
  • Réservation au 02 35 70 22 82 ou sur www.cdn-normandierouen.fr
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