Il y a toujours une grand part d’intimité dans les chansons d’Alex Beaupain. Dans Pas plus le jour que la nuit, sorti en octobre 2019, le chanteur y ajoute un regard sur une époque qui voit les uns renier quelques convictions et les autres assister à la fin du monde. Il partage ses émotions sur les différents attentats de ces dernières années. Pas de jugement ou de morale. Alex Beaupain chante une mélancolie. Il sera vendredi 17 janvier au Trianon transatlantique à Sotteville-lès-Rouen et dimanche 19 janvier au Havre pour la clôture du festival, Le Goût des autres. Entretien.
Vous terminez cet album, Pas plus le jour que la nuit, par cette phrase : tout le monde sait au fond/qu’il est déjà trop tard/pourtant nous avançons. Faut-il voir la bouteille à moitié vide ou à moitié pleine ?
C’est une phrase volontairement ambiguë. Mais je ne pouvais terminer l’album sans laisser une lumière au bout du couloir. Je le conçois : je ne mouille pas. Si on s’en sort, on pourra dire que nous faisons partie d’une espèce formidable. Sinon, je pourrais toujours dire : je vous l’avais bien dit. C’est mon côté François Bayrou…
Dans cette chanson Poussière lente, vous évoquez les années 2000. Adolescent, est-ce que cette décennie vous faisait rêver ?
Rêver ? Je ne sais pas. Je me souviens qu’il y avait une espèce d’espoir, d’attente par le fait de changer de millénaire. On comptait les années. Dès qu’une marque voulait sortir un objet, elle ajoutait toujours 2000 au nom. C’était un horizon, des promesses. On croyait encore que le futur et la science étaient plutôt une bonne idée. On était optimiste finalement. On pensait que ce serait formidable. C’est vraiment à partir des années 2000 que l’on a réalisé que ce serait autrement parce que les imbéciles comme moi n’écoutaient pas les scientifiques.
Avez-vous été déçu ?
Je ne sais pas. C’est aussi le moment où j’ai commencé à vieillir. Je vais passer les 30 ans. Peut-être était-ce mieux avant ?
Est-ce à ce moment que vous perdez des idéaux ?
J’en avais pas beaucoup à la base. En revanche, il y a des valeurs en lesquelles je crois. Je suis plutôt un garçon portant des valeurs de gauche, d’entraide, d’empathie… Ce n’est pas des valeurs mineures. Certains veulent nous faire croire aujourd’hui que c’est de la bien-pensance. C’est important de porter ces valeurs encore aujourd’hui. Avec la gauche, j’ai cru que les choses allaient changer. Nous nous sommes rendus compte que non. À 18 ans, les désillusions étaient déjà passées par là. Cours Camarade, c’est cette génération désenchantée.
Y avez-vous cru en 2017 ?
En 2017, je n’ai pas voté pour. J’ai voté contre. J’ai voté contre ce qui me semblait le plus injuste pour une catégorie de population. En France, nous avons encore un système d’aide sociale qu’il faut préserver. Je m’intéresse à la politique mais je n’ai jamais été militant. Je suis allé dans des meetings pour écouter ce qui se disait. On m’a vu parce que j’étais mieux placé que d’autres. Au fil des années, j’ai été déçu parce que j’en attendais plus. D’ailleurs je ne serai jamais déçu par la droite. J’en attends rien.
Êtes-vous alors aujourd’hui « Le poing levé » et « le cœur lourd » ?
J’ai encore une capacité à être indigné, à défendre des valeurs, à ne pas accepté des choses ou des discours sous prétexte que certains vous disent que vous vivez chez les Bisounours. Il faut se battre contre le racisme, pour l’hospitalité.
Sont-ce les souvenirs qui vous portent ?
J’ai écrit des chansons sur la mélancolie, sur la mémoire. Parfois, on se rend compte que l’on vieillit. Je fais partie de cette génération qui a des cartes postales et des photos. Avec le numérique, tout cela dématérialise. C’est juste une façon d’écrire sur les souvenirs. Tout cela est instinctif. Le processus d’écriture d’un album est beaucoup plus simple. Pour écrire une chanson, il fait être un peu bête. Sinon, on n’est pas assez sentimental. Dans le mot bête, il faut comprendre que rien n’est intellectualisé ou théorisé. On est dans l’ordre de l’émotion. Quand j’écris une chanson, je me mets au piano et je chante jusqu’à ce que le texte vienne. Peut-être sont-ce aussi des choses que j’ai réfléchies pendant longtemps.
Pour cet album, vous avez modifié votre angle de vue. Pourquoi ?
Au début du travail sur cet album, je ne voulais seulement écrire moi mais sur le monde qui m’entoure. C’était une volonté. Je me disais : ça va être bien, moins plaintif. Là, j’avoue. C’est un peu raté. Je peux dire : ce n’est pas de ma faute. C’est le monde qui ne va pas bien.
Vous venez au Havre dans le cadre d’un festival littéraire. Quel rapport avez-vous aux livres ?
J’ai beaucoup lu quand j’étais plus jeune. Par paresse, je lis moins. J’ai eu quelques expériences artistiques avec des écrivains. Cela m’a plu. Quand on fait un spectacle avec des écrivains, on recommence à réfléchir.
Est-ce que vous pourriez écrire un livre ?
Non. Je suis très admiratif de mes amis écrivains mais c’est un travail trop solitaire. Et cette solitude m’angoisserait. Je préfère faire ce que je sais faire. Je ne pourrais pas me concentrer pendant un an sur un même objet. Cela m’ennuierait.
Infos pratiques
- Vendredi 17 janvier à 20h30 au Trianon transatlantique à Sotteville-lès-Rouen. Tarifs : de 25 à 15 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 35 73 95 15 ou sur www.trianontransatlantique.com
- Dimanche 19 janvier à 19 heures au Magic Frissard, 5, quai Frissard au Havre. Concert gratuit