Gaspard Royant : « je suis un pessimiste volontaire »

Photo : DR

Il y a toujours ce même charme désuet, une certaine mélancolie et une soul élégante chez Gaspard Royant. Dans The Real Thing, le musicien s’est autorisé une autre manière de composer pour explorer des possibles. il donne ainsi à sa musique de multiples nuances. Une belle réussite ! Avec ce quatrième album, Gaspard Royant raconte des déceptions, des craintes, des failles. Le temps qui passe lui a fait perdre quelques illusions. Entretien avec le chanteur et musicien avant son concert samedi 11 février au Tetris au Havre.

Quelle définition donnez-vous à « The Real Thing » ?

Avec ce titre, il y a l’idée de jouer avec la signification de ces mots. J’aime les titres à tiroir. Si on prend tout d’abord le côté littéral, la chose vraie est à interroger. La réalité peut diverger à cause des fake news. Il y a aussi un autre sens. On nous ouvre un monde virtuel où on imite très bien le monde réel. C’est une autre réalité, une autre promesse.

Pour cet album, que vous étiez-vous promis ?

Je m’étais promis d’être libre. Mes premiers albums ont été influencés par les années 1950 et 1960. Ces références ont servi de guides, de garde-fous. Pour celui-ci, j’ai eu envie d’ouvrir les fenêtres, de pousser les murs et ne pas limiter ma créativité.

Pourquoi cette envie maintenant ?

C’était le moment. Je me sentais prêt. Je suis arrivé à un certain niveau de compréhension des choses qui me permettent de produire et réaliser moi-même. Ce fut un réel plaisir et assez vertigineux. Pour cet album, j’ai également voulu me donner du temps pour écrire, explorer, enregistrer. Jusqu’alors, j’avais tout sorti dans un timing très resserré.

Qu’avez-vous exploré ?

J’étais dans un dogme du tout analogique, avec de vrais musiciens qui jouent de vrais instruments. J’ai aussi enregistré dans des conditions du live. Pour cet album, j’ai voulu explorer ce que la technologie pouvait me proposer aujourd’hui. Je pense qu’il n’y a pas une manière de le faire. Ce qui est intéressant, c’est de pouvoir s’emparer d’une machine et d’être soi-même.

Était-ce pour vous un écrin idéal pour parler de l’état du monde ?

Tout est lié. J’avais la volonté d’aller vers une modernité et de parler du monde d’aujourd’hui, d’aborder diverses questions, les nouvelles technologies, les bouleversements climatiques. Que va-t-on devenir dans cet environnement-là ? Tout cela a ressurgi.

Vous n’êtes pas très optimiste.

Je suis un pessimiste volontaire. Je suis aussi très fataliste. La fatalité me rassure. Nous nous dirigeons vers un monde plus dur, moins sauvage et peut-être moins humain.

Avez-vous perdu quelques illusions ?

Oui, peut-être un peu. Mon but n’a pas été de composer un disque cynique et désabusé. Nous vivons un basculement. Les choses dans lesquelles nous nous sommes construits changent. Cela reste une époque passionnante. Nous sommes confrontés à des choses plus binaires. Notre confort et cette profusion étaient peut-être une anomalie. Nous allons retourner à quelque chose de plus terre à terre.

Dans le clip de « The Real Thing », vous emmenez dans un univers mystérieux avec des vestiges de la technologie moderne ?

J’ai voulu créer comme un sanctuaire de la technologie. Nous évoluons dans un monde qui a toujours été technologique. J’ai essayé de le confronter à tout ce qui s’invente. D’où ce désert sanctuarisé.

Comment reproduisez-vous les titres de cet album sur scène ?

Cela a été un défi parce qu’il emprunte à beaucoup de styles et que beaucoup a été créé à l’ordinateur. Avec les musiciens, je pense que nous sommes arrivés à amener une partie de ce qui a été fait sur l’album. C’est un live hybride, entre deux univers, avec l’énergie du concert et des sonorités plus modernes.

Infos pratiques

  • Samedi 11 février à 20 heures au Tetris au Havre
  • Première partie : Manhattan sur Mer
  • Tarifs : de 13 à 5 €
  • Réservation au 02 35 19 00 38 ou sur www.letetris.fr
Partager l'article