Mourad Merzouki est une grande figure du mouvement hip-hop. Depuis les années 1990, le danseur et chorégraphe, fondateur de la compagnie Käfig, a exploré les différents styles et créé des liens entre le hip-hop, les différentes danses et les autres disciplines artistiques. À la tête du centre chorégraphique national de Créteil et du Val-de-Marne de 2009 à 2022, il a retrouvé la région lyonnaise avec sa troupe. Mourad Merzouki signe une chorégraphie en plusieurs tableaux sur Les Quatre Saisons, une partition de Vivaldi interprétée par Le Concert de La Loge dirigé par Julien Chauvin. C’est à voir vendredi 18 et samedi 19 octobre au Théâtre des Arts avec l’Opéra de Rouen Normandie. Entretien avec le chorégraphe.
Est-ce que la musique classique invite également à la danse ?
Oui et c’est ce qui est formidable. Travailler sur la musique classique m’a permis d’écrire autrement la danse. Comme dans le hip-hop, nous sommes dans une énergie même s’il n’y a pas les basses et pas musique électronique. Elle a une dynamique et elle la porte autrement.
Ce n’est pas la première fois que vous écrivez sur une partition classique. Quelle est votre approche de la danse ?
La musique classique est inspirante. Elle n’est pas sur un rythme binaire et bouscule les codes. Alors il faut bouger autrement parce qu’elle est déconstruite. Il y a quelque chose d’aléatoire dans cette musique. On est parfois sur des rythmes très poussés et à d’autres moments elle est toute en retenue. Dans le hip-hop, les choses sont plus installées et, comme je le disais, plus binaires. C’est une approche différente.
Est-ce que chaque projet avec le répertoire classique est une découverte pour vous ?
C’est vrai, que c’est une découverte. Je ne viens pas du monde du classique. Il y a des musiques que je n’avais jamais écoutées. Ma connaissance est basique. Le fait de travailler sur les œuvres permet d’aller plus loin, plus en profondeur dans l’écoute. C’est pour moi une belle manière d’aller et de m’intéresser à la musique classique. C’est un marche-pied.
Avec Le Concert de La Loge, vous avez écrit un spectacle sur Les Quatre Saisons de Vivaldi. C’est un hymne à la nature. Comment cet élément surgit dans votre chorégraphie ?
J’avais bien en tête ce point-là quand j’ai commencé à travailler. La nature est présente par les costumes, les lumières… Mais je ne voulais pas être dans le narratif. C’était le piège à éviter et cela m’aurait enfermé dans un propos. J’ai préféré travailler sur des images.
Les Quatre Saisons de Vivladi, ce sont aussi quatre ambiances. Avez-vous écrit quatre chorégraphies ?
C’est effectivement quatre chorégraphies dans l’approche des mouvements, des rythmes… Il y a des duos, des quatuors… J’ai fait en fonction de ce que m’évoquait la musique. J’ai travaillé sur quatre tableaux avec la danse hip-hop et la danse contemporaine aussi. En fait, j’aime bien donner des intentions.
Tous les interprètes sont sur la scène. Comment avez-vous travaillé avec Julien Chauvin et les musiciens du Concert de La Loge ?
Il était important pour nous que les musiciens ne soient pas dans la fosse. Il en était de même dans Folia. Je préfère lorsque la frontière entre ces deux mondes, celui de la danse et celui de la musique, soit la plus poreuse possible. J’aime voir évoluer un groupe d’individus. La difficulté : chacun doit revoir ses espaces. Mais c’est le jeu. Si on veut rapprocher des mondes, les uns et les autres doivent accepter de laisser une place afin que chacun puisse exister.
Dans vos créations, vous allez jusqu’à fusionner deux mondes.
C’est vrai. J’ai besoin de fusionner les mondes. Est-ce lié à mon parcours ? Peut-être. Lorsque je fais croiser les mondes, j’apprends beaucoup. Je découvre une autre technique, une autre discipline. Cela permet de travailler autrement et aussi d’envoyer un message à la société où chaque espace tend à se refermer sur lui-même. C’est ce qui m’anime. Il faut dialoguer, inventer une manière d’être ensemble. Sinon, chacun reste sur sa route, s’assèche. Cependant, chaque création devient un challenge. Cela génère des doutes et des peurs. Cela remet en question. Mais c’est passionnant. Et pour les danseurs, c’est une belle école.
Infos pratiques
- Vendredi 18 octobre à 20 heures, samedi 19 octobre à 18 heures au Théâtre des Arts à Rouen
- Durée : 1h15
- Tarifs : de 62 à 10 €
- Réservation au 02 35 98 74 78 ou sur www.operaderouen.fr
- Aller au concert en transport en commun avec le réseau Astuce
