Nadia Vadori-Gauthier : « je danse avec mon état de corps »

Photo : Nadia Vadori-Gauthier

Depuis le 14 janvier 2015, aux lendemains des attentats au journal Charlie Hebdo à Paris, Nadia Vadori-Gauthier danse chaque jour pendant une minute dans les rues, sur les places, sur les parkings, au milieu de la nature, lors de manifestations, sous le soleil ou dans la brume… Un geste artistique qui se transforme en un acte de résistance. Pendant dix ans, la chorégraphe et chercheuse en art a dansé et filmé cette minute. C’est toute une collection de parenthèses poétiques — 3 654 — qu’elle a partagées sur les réseaux. Depuis 2025, Nadia Vadori-Gauthier danse toujours dans l’espace public mais s’est éloignée des réseaux. Elle a publié un ouvrage, Une Minute de danse par jour 2015-2025, Dix ans d’une œuvre pour notre temps. Pendant le festival Pavillon-s Témoins, du 13 au 17 juillet au centre Malraux à Rouen, elle vient danser et faire danser les habitantes et les habitants. Entretien.

Qu’est-ce qu’Une Minute de danse par jour maintenant ?

C’est une philosophie de vie, une nécessité de mettre de l’art au cœur de la vie et de la poésie au cœur de l’existence. Je n’ai jamais arrêté de danser. En 2025, j’ai juste mis fin au protocole. Je danse, je filme avec mon téléphone mais je n’édite plus tous les jours. La démarche est beaucoup moins lourde. La pratique continue mais de façon moins visible.

Comment les lieux influencent cette danse quotidienne ?

Ils influencent directement la danse. À l’extérieur, je me connecte au lieu, aux gens, à la météo, aussi à mon état de corps et d’esprit. Je fais un mix entre les deux connexions, entre l’extériorité et mon intériorité. 

Est-ce que cette minute est une improvisation ?

Non, ce n’est pas une improvisation mais une composition instantanée, une pratique qui a pour vocation de chorégraphier en temps réel. Une improvisation est réécrite. Là, la danse s’écrit dans l’instant. C’est une phrase, une intention. Il y a aussi l’idée de musicalité au service du direct, du sensible. Je danse avec mon état de corps, plus ou moins bien, plus ou moins fatigué… Je suis dans un lieu plus ou moins beau… La vie quoi ! Sans aller chercher le spectaculaire et les meilleures conditions possibles.

Pour la dernière Minute de danse, vous avez choisi d’être au pied d’un séquoia, un arbre qui a pour symbole la longévité et la sagesse. Est-ce un hasard ?

J’adore les séquoias. Ils m’inspirent beaucoup. Leur tronc n’a pas une écorce dure mais douce. J’aime aussi la senteur de leur résine qui est un peu ambrée. C’est assez magique. Pour cette Minute, j’étais dans l’arboretum de la vallée aux loups.

Qu’est-ce qui a inspiré l’écriture du protocole d’Une Minute de danse par jour ?

J’avais fait un doctorat en art et je sortais de ma soutenance de thèse. Pendant plusieurs années, j’avais accumulé plusieurs outils de recherche de création. À cette nécessité d’art s’est ajoutée cette dimension éthique. Après les attentats, nous étions face à cette violence inacceptable et cette remise en cause de valeurs fondamentales comme le droit à l’art, la liberté d’expression… J’ai senti ce socle vaciller. Je me suis demandé : quoi faire, à part rien ? Je ne peux rien faire. Peut-être apporter une petite goutte d’eau. Celle du proverbe chinois qui coule continuellement et peut éroder la pierre. Quelle peut être ma goutte d’eau ? Ma réponse a été : danser une minute par jour. Je ne pensais pas que cela allait durer. Mais lorsque l’on ne fait rien, on est davantage traumatisé. Danser est la réponse à mon échelle face à ces attentats.

Est-ce que cette Minute de danse a été d’emblée un acte de résistance ?

C’est un acte de résistance avec une dimension du sensible, partagé dans tous les espaces. Nous avons tous besoin de beauté, de sensibilité.

Ce fut aussi un moment de rencontres ?

Oui, tous les jours, j’ai rencontré des gens. Après la Minute de danse, nous discutions. Certains dansaient aussi hors cadre.

Pendant Pavillons-s Témoins, est-ce que l’objectif est aussi de faire danser les habitantes et les habitants ?

Oui, je vais les rencontrer et faire danser pendant une minute. Ce sera une expérimentation. Peut-être, je danserais avec eux. Tout dépendra des gens.

Infos pratiques

  • Lundi 13, mercredi 15, jeudi 16 et vendredi 17 juillet au centre André-Malraux à Rouen
  • De 13 heures à 16 heures : Une Minute de danse avec les habitantes et habitants
  • De 17 heures à 18 heures : projection des Minutes de danse du jour
  • Gratuit
  • Inscription au 06 59 70 08 41
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