Leïla Huissoud : « l’écriture est ce vecteur qui permet de sortir de soi »

Photo : Benoît Gillardeau

Dans son troisième album, Leïla Huissoud raconte La Maladresse. Celle qui chagrine, envahit, bouleverse, amuse aussi. Dans les treize chansons, elle dresse l’autoportrait d’une jeune femme emportée par une valse de sentiments éprouvés après divers événements de la vie. Et Leïla Huissoud le fait avec une voix intrépide, avec sincérité et spontanéité. Autrice et compositrice, la chanteuse est en concert vendredi 28 mars au Trianon transatlantique à Sotteville-lès-Rouen et samedi 29 mars à Tourouvre-au-Perche pendant le Printemps de la chanson. Entretien.

Avez-vous aussi imaginé ce nouvel album, La Maladresse, comme un journal intime ?

Le premier album ressemblait à cela. Il peut en effet y avoir un parallèle dans la forme et dans l’écriture. Un journal intime, c’est une manière de déposer ses sentiments pour mieux comprendre ce que j’ai dans la tête. Et j’aime bien ça parce que je ne sais pas organiser ma pensée. Je dois passer par cette étape de l’écriture. J’ai besoin de dire ce que je ressens. L’écriture est ce vecteur qui permet de sortir de soi et être plus limpide. Lors de cette étape, il y a la volonté de trouver le bon mot. Je trouve très beau qu’un enfant demande la définition d’un mot. Le plus souvent, on lui en donne plusieurs parce que chacun a sa définition et met un mot différent sur un sentiment. J’aime cette recherche parce que le langage évolue et que nous évoluons aussi.

Pourquoi La Maladresse vous a demandé un plus grand temps de réflexion ?

J’ai écrit le premier album au lycée. Je n’avais aucune ambition. Je l’ai fait pour moi. Quand j’ai mis un pied dans la profession, c’est devenu plus compliqué. Parce qu’il faut plaire, ne pas ennuyer, ne pas décevoir… Tous ces paramètres extérieurs vous empêchent d’être juste. Or, pour moi, il y a surtout un souci d’honnêteté, de crédibilité, de justesse. Cet album a demandé plus de temps car il a fallu que je revienne à une forme de je-m’en-foutisme. Cet album est à nouveau une forme d’autopsychanalyse. Après celui-ci, j’arrête de parler de moi.

Sur scène, il ne peut y avoir que justesse ?

C’est ce que j’aime. J’adore observer les gens qui ne savent pas qu’on les regarde. J’aime cette vérité-là. Cela libère beaucoup et les rend beaux. Dès qu’ils s’aperçoivent qu’on porte un regard sur eux, leurs mouvements sont différents parce qu’ils sont réfléchis. 

Pourquoi la plupart des chansons de La Maladresse se répondent ?

Quand j’ai écrit cet album, j’étais dans une période noire et j’avais développé plusieurs brouillons. Or quand vous allez à un concert, vous n’avez pas toujours envie d’aller écouter la merde de quelqu’un d’autre parce que cela vous renvoie à la vôtre. Au moment du déconfinement, nous avions envie d’être plus légers. Sur les mêmes thèmes, j’ai alors essayé d’être à deux places et dans deux postures différentes. Je n’ai pas voulu être seulement dans la position de la victime.

Dans l’interprétation, vous jouez avec votre voix, chantez, parlez… Est-ce que parler permet d’être plus proche de l’auditeur ?

J’ai découvert cela pendant le live. C’est très fort. J’apprécie ce côté frontal. De plus, j’aime ce qui est déroutant. Dans l’écriture, je peux m’autoriser un peu de prose. Cela me fait penser à Renaud. Quand on interprète ses chansons, il ne faut surtout pas bien chanter. C’est ce qui rendent les histoires très touchantes.

Pourquoi chantez-vous que vous manquez de modèles ?

C’était très douloureux pendant le confinement. Je pense que les adultes sont des ados qui se demandent ce qui leur est arrivé. En fait, ceux qui doivent être les rassurants ne sont pas rassurés. Quand on est enfant, on se dit que l’on comprendra, que l’on sera sûr de soi dès que l’on sera adulte. On se rend compte que ce n’est pas le cas. Et c’est ça, la vie. C’est vertigineux et déroutant. Au moment du confinement, le vertige était fou.

Est-ce ce qui vous épuise, comme vous dites ?

C’est une chance de faire ce métier. Mais il est très fatigant. Depuis l’arrivée du streaming, il faut tourner tout le temps. Le fait d’être sur les routes est aussi un choix de vie. Or, nous sommes à l’inverse de la plupart des autres. Cela implique beaucoup de choix personnels. Je suis partie toutes les fins de semaine et je suis toute seule dans mon appartement les autres jours. À un moment où les autres ne sont pas disponibles. C’est un rythme assez étrange. Au déconfinement, j’ai dû réapprendre ce rythme. Cette année, j’aborde la trentaine. Avoir un chien, c’est foutu. Des enfants, je ne l’imagine même pas.

Est-ce que l’écriture est une quête de sens ?

Oui, il y a toujours une recherche de sens parce que cela doit aussi faire sens pour les gens. Lors d’un concert, je n’aime pas que l’on me balade, que l’on m’emmène nulle part. J’aime quand il y a un fil rouge, que l’on parte d’un point A pour aller à un point B.

Infos pratiques

  • Vendredi 28 mars à 20h30 au Trianon transatlantique à Sotteville-lès-Rouen. Première partie : Samuel Cajal. Tarifs : de 22 à 5 €. Réservation au 02 35 73 95 15 ou sur www.trianontransatlantique.com
  • Samedi 29 mars à 20h30 à la salle René-Zunino à Tourouvre-au-Perche. Tarifs : 10 €, 5 €. Réservation en ligne
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