Je voudrais parler de Duras… C’est Yann Andréa qui se confie. L’écrivain est interviewé par une journaliste, Michèle Manceaux, et s’exprime en toute liberté et avec émotion sur la relation qu’il entretient avec l’autrice. Yann Andréa (1952-2014) devient le compagnon de Marguerite Duras (1914-1996) en octobre 1982. Il a 30 ans, elle en a 38 de plus que lui. Entre eux deux naît un amour passionnel et se nouent des liens forts. Entre eux deux aussi s’installe un rapport de domination et de soumission. Katell Daunis et Julien Derivaz du collectif Bajour adaptent pour la scène ce témoignage intime où il est question d’amour, de littérature, d’écriture, de dépendance… Je voudrais parler de Duras est à voir les 3 et 4 avril à la Maison de l’étudiant au Havre avec Le Volcan. Entretien avec le comédien.
Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser à cette interview de Yann Andréa ?
C’est une rencontre un peu fortuite. L’interview a été publiée en 2016, après la mort de Yann Andréa. À ce moment-là, j’étais engagé dans mon premier spectacle où je jouais le rôle de Yann Andréa. Ce texte a été une vraie inspiration pour préparer ce rôle. C’est un dialogue enregistré et retranscrit comme une pièce de théâtre. Il y a une matière à jouer. J’ai proposé ce travail à Katell et nous avons conçu ce spectacle tous les deux.
Êtes-vous seul sur scène ?
Cette pièce de théâtre est un faux solo. Du texte, nous avons seulement retenu la parole de Yann Andréa. C’est donc un monologue. Sauf que subsiste la présence de la journaliste, de Marguerite Duras… Yann Andréa n’aurait jamais pu parler tout seul. Katell témoigne de toutes les présences féminines. Il ne faut pas oublier que Duras est dans la maison quand se déroule l’interview.
Quels sentiments vous ont traversé à la lecture de cet entretien ?
Le texte est très émouvant. Yann Andréa raconte cette relation si étrange alors qu’il est en train de la vivre. Il n’est jamais conscient des tenants et des aboutissants de cette relation. Il y a plein de choses qui lui échappent. Il parle de Marguerite Duras et c’est vraiment très émouvant. Yann Andréa est une personne érudite qui est dans la maîtrise de soi et capable de lâcher des joyaux de vérité.
Est-ce que ce fut une vraie découverte pour vous ?
Oui, ce fut une vraie découverte. Lorsque j’ai lu l’interview, j’étais au début de l’amour que je porte à Marguerite Duras. J’ai découvert beaucoup de choses sur elle. Il y a chez elle quelque chose qui nous dépasse. Il est impossible d’avoir un seul avis, un seul jugement. Yann Andréa dépeint une relation de travail, d’amour qui est compliquée. C’est dur. C’est bien. C’est mal. C’est toxique. Il y a un rapport de domination. Malgré cela, il a surmonté les difficultés de la vie et cela crée des œuvres magnifiques.
Comment pourriez-vous qualifier le langage de Yann Andréa ?
Ses mots sont étonnants et très touchants. On peut assister à une séance de psy. Il y a quelque chose de l’analyse. Il pose des questions profondes et existentielles. Il cherche à écrire par la parole. D’ailleurs, à la mort de Duras, il écrit. Alors qu’il est face à quelqu’un qui a du mal à s’exprimer, il va se dépasser. Il parle de son amour pour elle et il aime passionnément. Il a envie de décrire cet amour mais dit combien c’est difficile. Duras est omniprésente. Elle est un monument. Elle veut vivre tout le temps ardemment. Elle ne veut pas que ce soit calme. Tout est extrême.
Comment avez-vous appréhendé ce personnage de Yann Andréa ?
Je suis face au public. Se construit alors un triangle entre Katell, les spectateurs et moi. Je raconte les yeux dans les yeux. J’ai l’impression d’être privilégié d’avoir trouvé un texte si fort. Il y a juste à faire résonner les mots. Il n’y a rien à rajouter. Je suis dans une incarnation classique. J’utilise le jeu le plus théâtral possible.
Comment abordez-vous l’œuvre de Duras maintenant ?
Aujourd’hui, je suis revenu de la fascination que je pouvais avoir. Duras reste une autrice que j’adore mais j’aime reconnaître ses défauts. Il ne faut pas être trop respectueux. Si on n’aime pas un livre, il faut en lire un autre. Elle a écrit des ouvrages si variés. Maintenant, j’adore piocher dans ses petits textes.
Infos pratiques
- Jeudi 3 et vendredi 4 avril à 20 heures à la Maison de l’étudiant au Havre
- Durée : 1h05
- Spectacle à partir de 14 ans
- Tarifs : de 18 à 5 €
- Réservation au 02 35 19 10 20 ou sur www.levolcan.com
