Marion Rampal fait son retour au festival Jazz sous les pommiers à Coutances. La chanteuse et compositrice aime à regarder vers divers horizons musicaux. Pour ce nouveau projet, elle a souhaité rendre hommage à Abbey Lincoln (1930-2010), femme engagée et militante, grande artiste américaine qui a marqué l’histoire du jazz. Elle n’interprète pas seulement un répertoire mais en dévoile toute la richesse avec Song for Abbey samedi 31 mai à la salle Marcel-Hélie. Entretien avec Marion Rampal.
Pourquoi avez-vous choisi le répertoire d’Abbey Lincoln ?
C’est une des voix de jazz qui me plaît le plus et qui m’influence le plus. Avec elle, nous ne sommes pas dans le cliché de la chanteuse de jazz. Il faut retenir son travail de musicienne et de chanteuse mais aussi l’écriture de textes singuliers. Il n’y avait pas un grand sentimentalisme chez elle. Elle a plutôt une dimension à la Cesaria Evora. Abbey Lincoln était une femme pour qui la musique avait une place au-dessus du jeu de la séduction. Son œuvre et sa posture ont une saveur féministe. Elle a regardé le monde et s’est battue pour les Droits civiques. On peut ajouter une grande spiritualité mais pas religieuse.
Que retenez-vous d’Abbey Lincoln ?
Abbey Lincoln a une voix et une carrière qui racontent autre chose. J’ai voulu remettre en lumière l’apport esthétique de cette artiste qui a un parcours important et étonnant. Pour cet album, Wholly Earth, elle a eu carte blanche grâce à Jean-Philippe Allard. Elle a pu composer le disque qu’elle voulait avec les musiciens qu’elle voulait. C’est un disque de songwriter avec une matière jazz très généreuse. Cela m’a influencé pour faire de la chanson dans une esthétique jazz. Il y a un lien à la mélodie, à la spontanéité. Comme Ricky Lee Jones ou Tom Waits. À ce moment de ma carrière, cela me fait du bien de me plonger dans les mélodies de quelqu’un d’autre, dans l’œuvre d’une autre artiste. Ce travail me ressource.
Quel choix avez-vous fait pour Song For Abbey ?
Song For Abbey est un miroir. Je me suis amusée à choisir les standards d’Abbey Lincoln qui permettent d’éclairer son répertoire. Les chansons parlent du souvenir. Il faut se rappeler des gens qui nous ont précédés. D’ailleurs, le jazz est une musique de mémoire et d’invention. J’ai voulu rendre hommage à ce jazz-là. C’est la scène qui m’a accueillie. C’est mon monde et je m’y plais.
Êtes-vous dans la transmission d’un répertoire ?
Oui et c’est important. D’autant que ces chansons ont quelque chose d’éternel. Il n’y a pas de chansons d’amour chez Abbey Lincoln. Elle est allée chercher ailleurs. Je n’ai pas eu trop de mal à poser ma voix sur ses chansons. Elle m’a tellement influencée et la mélodie inspire la voix. Chanter, c’est une transpiration vocale. C’est une merveille, un cadeau, ce répertoire. J’ai un immense plaisir d’interprète.
Infos pratiques
- Samedi 31 mai à 15h30 à la salle Marcel-Hélie à Coutances
- Tarifs : de 28 à 12 €
- Réservation en ligne
- Des places sont à gagner
