Avec Orfeo, Monteverdi marque un nouveau chapitre dans l’histoire de la musique. Le compositeur italien réussit à entrelacer avec brio texte et musique pour sublimer les passions et raconter le mythe d’Orphée. Ce héros de la mythologie grecque est fou amoureux d’Eurydice qui meurt après une morsure de serpent. Orphée décide de rejoindre sa bien-aimée pour la délivrer du royaume des morts. Grâce à ses chants et sa témérité, il parvient à déjouer tous les pièges et Pluton accepte qu’Eurydice revienne avec lui sur terre. Mais à une condition : Orphée ne devra jamais se retourner vers son amoureuse durant le voyage. Mais la tentation sera bien trop forte. Les Épopées, avec un effectif d’une trentaine d’interprètes, présentent Orfeo de Monteverdi samedi 23 août pour la clôture du Festival de musique ancienne au casino à Dieppe. Entretien avec le fondateur de la formation, Stéphane Fuget, directeur artistique, pianiste, claveciniste et organiste.
Pourquoi avez-vous choisi cet opéra de Monteverdi, Orfeo ?
Monteverdi est le plus grand compositeur du XVIIe siècle en Italie. Avec Orfeo, il est en rupture totale avec le travail effectué au XVIe siècle. Sa nouvelle idée : raconter des histoires intégralement chantées. C’est fascinant. Il va chercher à retrouver une simplicité de la parole. On était à la Renaissance dans une polyphonie, un chant complexe. Orfeo est aussi un opéra avec une alternance de parties instrumentales et chorales. Avec cette œuvre, nous avons un pied dans la Renaissance et le deuxième dans la modernité.
Comment avez-vous abordé cette œuvre ?
J’ai mené un double travail. Le premier a porté sur le mythe, notamment sur la fin. Au début du XVIIe siècle est privilégié un happy end, avec Apollon qui emmène Orphée dans le ciel, pour plaire au prince de la cour de Mantoue. Je me suis demandé ce qu’est cette histoire et comment elle a été transformée. Ensuite, il y a eu un gros travail sur la musique, sur cette écriture nouvelle. Nous sommes aussi sur le recitar cantando, entre le parlé et le chanté. Monteverdi a une façon singulière de traiter les dialogues. Il faut trouver comment faire avec les chanteurs qui doivent avoir cette capacité à dire tout en chantant. Les deux sont très liés. C’est une chose particulière. Il y a enfin un air des gardiens du fleuve. Monteverdi en publie une version simple et une autre sur-ornementée qui est tellement exubérante. C’est extraordinaire. Orfeo est une œuvre fascinante.
Dans Orfeo, les sentiments sont exacerbés. Comment avez-vous travaillé ?
Chaque passion doit se trouver dans le discours et dans la musique. Le chanteur doit être habité par son personnage et vivre le désespoir, la peur, l’espoir, la déception. Il faut être investi et dépassé par les passions.
Et pour les musiciens ?
Nous sommes aussi traversés par tous ces sentiments. Lors du mariage d’Orphée et Eurydice, tout le monde est très joyeux. C’est très vif. Il y a beaucoup d’instruments. Au début du cinquième acte, c’est sombre et les instruments sont graves. Monteverdi met en musique chaque passion de façon différente et va contre les règles de l’époque. Il casse les principes d’expression pour suivre les passions des personnages.
Où sont les difficultés de cette œuvre de Monteverdi ?
Elle n’est pas si difficile parce que nous avons aujourd’hui beaucoup de pratique. Elle était difficile à son époque parce qu’elle était totalement nouvelle. Pour les chanteurs, c’était complètement surréaliste. Nous avons vécu la même chose au XXe siècle avec les compositions dissonantes. Néanmoins, certains airs d’Orfeo, avec tous ses ornements, demandent une certaine fluidité dans la voix.
Infos pratiques
- Samedi 23 août à 20 heures au casino à Dieppe
- Tarifs : de 100 à 10 €
- Réservation en ligne ou au 02 35 04 30 75
