L’insolite, le fantastique, le burlesque traversent cette saison 2025-2026 de la scène nationale du Tangram à Évreux. Il faut ajouter des regards décapants sur le monde et des tragédies humaines. Le tout en 41 spectacles, toujours pluridisciplinaires et imaginés par 17 femmes, 15 hommes et 9 couples artistiques.
Point de départ de la saison 2025-2026 de la scène nationale du Tangram : les Journées du matrimoine. Deux jours, les 19 et 20 septembre, pour porter avec HF Normandie un coup de projecteur sur des œuvres signées par des femmes. La comédienne et autrice Karima El Kharraze est revenue à Évreux, sa ville natale, pour écrire À Droite le couteau. Ce texte, qui mêle souvenirs et fiction, réunit deux sœurs aux trajectoires opposées, Majda et Rim, marquées par les poétesses, Rabia Al Adawiya et Etel Adnan.
Dans Un Verre à soi, Claire Barrabès, accompagnée au piano par Benjamin Pras, décortique tout le champ lexical lié au vin et regarde le monde de l’œnologie si masculin avec un certain humour. De la musique aussi aux Journées du matrimoine avec Laura Cahen. Dans son album, De L’Autre Côté, elle dresse le portrait de femmes à la recherche de l’amour et en quête de désir dans un monde chaotique.
Plus tard, dans la saison, les femmes ont leurs mots à dire dans Les Histrioniques de La Fugitive, six artistes qui partagent leurs expériences dans le monde culturel. Les Anges au plafond racontent le destin tragique de Camille Claudel, sœur de Paul et élève de Rodin, dans Les Mains de Camille. Gildaa joue et chante son parcours semé d’embûches. Quant à Emma Dante, elle relate la vie d’une femme qui ne cesse de défier la mort dans L’Ange au foyer.
Les AnthropoScènes
Comme les saisons précédentes, la saison du Tangram se termine avec le festival Les AnthropoScènes qui interroge les actions des êtres humains sur l’environnement naturel. L’édition 2026 qui se tient du 18 au 31 mai sur les frontières mouvantes du monde sauvage. David Wahl remonte avec Thomas Cloarec et Jean-Marie Appriou aux origines aquatiques des humains dans L’Homme-poisson. Les Tréteaux de France regardent La Renarde s’aventurer dans les espaces urbains.
La Compagnie Eia ! poursuit sa découverte des arbres dans Écorces. Frédéric Ferrer se demande Comment Nicole a tout pété dans une histoire de mine de lithium et de climat. Frédéric Sonntag, lui, partage ses désillusions devant la conquête spatiale dans Biosphère et Emmanuel Meirieu établit un parallèle entre la migration de papillons de l’Amérique vers le Mexique et celle des Mexicains vers les États-Unis dans Monarques (en photo).
Des classiques
Entre ces deux événements de début et de fin de saison, des artistes présenteront des lectures personnelles d’œuvres classiques. Yngvild Aspeli, marionnettiste talentueuse, adapte le chef-d’œuvre de Herman Merville, Moby Dick. Valérie Lefort emmène dans une Petite Balade aux enfers pour croiser Orphée et Eurydice de Gluck. Le Collectif Ubique pioche toujours dans les contes. Cette fois, il raconte l’histoire de La Lampe, d’après celle d’Aladdin.
Dans Grand-Peur et misère du IIIe Reich, Julie Duclos met en scène le texte de Brecht qui évoque la montée du nazisme. Autre classique : Pinocchio de Collodi que la Cohue ravive avec espièglerie et liberté. Quant au Junior Ballet de l’Opéra national de Paris, il interprète des œuvres des répertoires de George Balanchine, de Maurice Béjart et d’Annabelle López Ochoa. Avec l’orchestre de l’Opéra de Normandie Rouen, Marina Chiche narre l’histoire des Musiciennes de légende, pourtant restées dans l’oubli.
« Un lieu de purification »
Lors de cette saison du Tangram, il est aussi question de « catharsis, selon Julien Bourguignon, directeur délégué à la programmation. Le théâtre est un lieu de purification parce qu’il nous permet de sortir du quotidien et d’en ressortir grandi ». Oona Doherty évoque l’espoir d’une jeunesse dans Hope Hunt And the Ascension Into Lazarus. Dans Maldonne, Leïla Ka questionne les héritages et injonctions. Phia Ménard crée un ballet aérien avec des personnages en lutte dans Nocturne (parade). Issam Rachyg-Ahrad confie son amour à sa mère, victime d’une agression verbale, dans Ma République et moi.
La matière est au cœur de cette nouvelle création d’Olivier de Sagazan, Toujours, jamais, une performance d’un artiste prisonnier de sa toile. 4,7 % de liberté de La Cordonnerie est la quête d’une adolescente au milieu de statistiques et de probabilités. Avec un regard qui lui est bien personnel, Nicole Genovese se penche sur le phénomène du disco dans Diskoteekki.
Il est enfin question de technologie et d’algorithmes dans Le Ring de Katharsy, un jeu vidéo. Alice Laloy brouille les pistes où peuvent se confondent les marionnettes et les êtres humains. Summertime de la compagnie Diplex met face à face un père et sa fille qui remontent le cours du temps du « capitalisme technolibéral ». Thierry Collet le promet : c’est Que Du Bonheur (avec vos capteurs). Magicien mentaliste époustouflant, il sait parfaitement manipuler son entourage. Dans ce nouveau spectacle, il le fait avec l’intelligence artificielle.
