Lucie Leguay dirige l’orchestre de l’Opéra de Normandie Rouen. C’est une première pour cette cheffe, sacrée « Révélation » aux Victoires de la musique classique en 2023. Au répertoire de ce concert proposé les 17 et 18 octobre au Théâtre des Arts à Rouen et le 19 octobre à la scène nationale de Dieppe : des partitions qui tissent un lien entre classique et romantisme et mettent en miroir Ludwig van Beethoven (1770-1827) et Clara Schumann (1819-1896). L’orchestre de l’Opéra de Normandie Rouen interprète la Symphonie n°3, dite Héroïque, un monument en clair-obscur, et accompagne David Kadouch pour le Concerto pour piano de Clara Schumann, une œuvre pleine de charme et de romantisme. Entretien avec Lucie Leguay.
Avez-vous une passion pour le répertoire dans son entièreté ou pour un répertoire en particulier ?
J’ai une passion pour le répertoire. Je suis attirée par un répertoire très large. Depuis deux semaines, il est très classique. J’ai fait une parenthèse avec la musique contemporaine. Dans un mois, ce sera davantage la musique française. C’est le hasard. Je ne vais pas vers le répertoire baroque qui est très spécifique.
Quelle est votre première approche de la partition ?
Au début, je vois la partition comme un livre que je lis dans un train du début à la fin pour en concevoir la forme générale. Après, j’entre dans les détails. Je cherche à révéler les pièces parce qu’elles sont belles sur le papier. Il faut savoir lire entre les lignes afin de donner du sens à chaque note. Lorsque j’arrive devant l’orchestre, j’ai déjà ma propre lecture. Comme je suis pianiste, il m’arrive aussi de travailler au piano.
Que cherchez-vous à révéler ?
Je cherche à révéler l’émotion que suscite la pièce. Pour la Symphonie n°3 de Beethoven, je suis toujours hyper émue au deuxième mouvement. Je cherche même des émotions extrêmes. Beethoven parle tellement d’humanité que cela me donne de l’espoir en l’être humain. C’est pour cette raison qu’il faut jouer cette pièce avec tout notre cœur et notre engagement. Il faut aller puiser cette force chez Beethoven parce qu’il est un humaniste immense. Le premier mouvement de cette symphonie est très élancé avant la marche funèbre dans le deuxième. Et le troisième redonne espoir. Il y a là tellement d’humanité et de lumière. Quand je parle de révéler une émotion, cela signifie sculpter le son. Un bon chef d’orchestre est un bon sculpteur.
Il doit sculpter avec plusieurs instruments à la fois.
Cela passe tout d’abord par le regard— même si certains l’évitent par timidité — puis avec la main. C’est un travail d’équipe qui fonctionne si on se met à la place des musiciens. Il faut fédérer.
En ouverture de concert, il y a une autre pièce de Beethoven, Leonore n°1.
C’est une pièce qui n’est pas facile à jouer. On dirait que Beethoven l’a fait exprès pour que les musiciens restent éveillés. Le rythme n’est pas évident. Il y a une sorte d’instabilité dans cette ouverture. J’ai beaucoup joué la musique de Beethoven. Les quatuors à cordes sont magnifiques. Devant une partition de Beethoven, on devine qui a écrit. Il y a une empreinte. On voit toute l’empathie qu’il a pour les autres. Il y a aussi une rigueur dans la musique avec des contrastes gigantesques. Je le travaille depuis dix ans et je reste toujours curieuse. À chaque fois, je découvre des choses.
Entre ces deux pièces se trouve le Concerto pour piano de Clara Schumann.
C’est la première fois aussi que je joue avec David Kadouch. Cette pièce est empreinte d’énergie et de fantaisie. À chaque fois que je la travaille, je pense à Chopin. Elle est très bien écrite et orchestrée avec des moments suspendus. Dans cette musique, on voit tout le talent de Clara Schumann. Elle l’a écrite très jeune mais quelle maturité !
