Avec Bérénice de Racine, Guy Cassiers, artiste associé à la scène nationale du Havre, fait un retour à un texte classique. Cette pièce de théâtre, mise en scène pour des artistes de la Comédie-Française, raconte les sentiments enfouis d’un trio amoureux pour des raisons politiques. C’est à voir les 11 et 12 décembre au Volcan au Havre et les 7 et 8 janvier au Théâtre de Caen.
Bérénice aime Titus et Titus aime Bérénice. C’est le début d’une belle aventure amoureuse À ce duo il faut ajouter Antiochus, l’ami. Lui aussi aime Bérénice mais en secret. Entre la reine de la Palestine et le nouvel empereur de Rome, il n’y aura jamais d’histoire. La loi romaine interdit toute union entre un souverain et une étrangère. Alors il faudra se dire adieu. Pour ces trois-là, parler n’est pas simple.
Dans Bérénice de Racine, joué les 11 et 12 décembre au Volcan au Havre et les 7 et 8 janvier au Théâtre de Caen, il est donc question d’amour. Pourtant dans ce texte classique, «il n’existe plus. C’est une chose bizarre. Racine parle d’amour mais il n’y en a plus. C’est un amour au passé qui est dans leur mémoire. Que reste-t-il ? De la haine par manque d’amour. Ces personnages se créent une illusion dans une réalité », indique Guy Cassiers. Voilà Bérénice, Titus et Antiochus, emprisonnés dans un autre temps et « dans une pensée. Ils deviennent immobiles. Comme ils ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent, ils ne font rien. Cela crée beaucoup de ressentiments », ajoute le metteur en scène. Seule Bérénice parviendra à faire un choix. « Elle leur dit : je pars et je continue ma vie. C’est important d’entendre cette parole aujourd’hui ». Titus restera avec sa lâcheté et son pouvoir et Antiochus, avec sa fidélité à son ami.
Pour Guy Cassiers, le poids de l’Histoire et de la politique n’explique pas tout. « Antiochus ne veut pas comprendre les circonstances réelles. Bérénice, elle, rêve d’un futur qui n’est pas construit sur une réalité. Quant à Titus, il fait de ses nouvelles responsabilités une défense et il joue avec. La politique a des règles et donne un pouvoir. Ils se retrouvent tous isolés et vont se réfugier dans un silence ».
« Un monde de cauchemars«
Pour ce Bérénice, Guy Cassiers a imaginé une antichambre avec des éléments rectilignes lumineux. Au centre trône une statue qui pourrait être une sculpture antique, usée par le temps, ou contemporaine. « Là, nous sommes dans un environnement où la lumière reste dehors. Nous sommes comme à l’intérieur des personnages qui deviennent des ombres et nous les suivons. Ce n’est pas un espace réaliste mais un monde de cauchemars. Et c’est ici que se déroule le voyage des personnages de la pièce ».
Avec cette pièce de théâtre, travaillée avec la troupe de la Comédie-Française, Claude Mathieu, Alexandre Pavloff, Suliane Brahim, Jérémy Lopez et Robin Ormond, le metteur en scène revient à un texte classique après Les Démons de Dostoïevski et s’est emparé avec gourmandise de la langue de Racine. « La construction de cette écriture en alexandrins est fantastique. D’autant plus avec des comédiens qui sont si professionnels. Ils savent respecter le rythme et la musicalité, trouver une manière de la jouer afin qu’elle reste personnelle et contemporaine ». Racine a aussi trouvé les mots pour exprimer la difficulté à partager des émotions et l’incapacité à communiquer.
