Une robe noire à motifs, un collier de perles, un sac en bandoulière, un rouge à lèvres lumineux et une gouaille irrésistible… Voilà Madame Raymonde. Denis D’Arcangelo a créé ce personnage de diva au grand cœur il y a plus de trente ans pour traverser à sa manière le répertoire de chansons réalistes. En octobre 2021, Madame Raymonde était au Théâtre des Arts à Rouen avec son grand orchestre pour raconter « les gens de peu ». Elle revient avec l’Opéra de Normandie Rouen pour confier ses crimes. Madame Raymonde se dévoile : elle est une tueuse en série. Elle a en effet assassiné une personne après chaque spectacle lors de ses tournées. Elle se trouve maintenant dans sa cellule en prison avec sa fille Titine (Catherine Andreucci) et ses geôliers (les musiciens de l’orchestre) et elle raconte. Ce sont Les Derniers Instants de Madame Raymonde, un spectacle musical mis en scène par Gwen Aduh, à suivre vendredi 12 et samedi 13 décembre à la chapelle Corneille à Rouen. Ce sont certes de Derniers Instants mais pas des adieux. Entretien avec Denis D’Arcangelo.
Pourquoi faites-vous vivre une fin tragique à Madame Raymonde ?
Avec Madame Raymonde, on peut raconter ce que l’on veut. Dans le prochain spectacle, nous pourrons contredire ce que nous disons dans celui-ci. Tout cela est un fantasme. Dans ce spectacle, nous voulions aborder la question de la peine capitale qui est un sujet de société, revenu un peu dans les débats ces derniers temps. Nous mettons en scène cela. Nous interrogeons même si nous avons un avis tranché sur la question. C’est plutôt une mise en scène macabre.
Quel répertoire de chansons avez-vous exploré ?
C’est notre tout premier point de départ : la volonté d’explorer le répertoire de chansons macabres avec des cadavres, des assassinats, des découpages en morceaux… pour voir comment il était possible de l’explorer. Nous avons ensuite cherché un axe de récit et Gwen Aduh est venu mettre des images là-dessus.
Comment avez-vous travaillé avec Gwen Aduh ?
Nous avons commencé à la table pendant un bon moment. Nous avons écrit le spectacle ensemble. Moi avec les chansons et lui avec les images. C’est un univers musical qui appelle un univers visuel. Bruno Peterschmitt a ensuite arrangé les morceaux. Plus tard, nous sommes venus en résidence d’écriture à la chapelle Corneille pour finaliser le spectacle.
Quelles images ajoutez-vous dans la chapelle Corneille qui est un décor imposant ?
Nous n’avons pas exploité l’imagerie religieuse de la chapelle. Nous avons construit des passerelles entre la religion chrétienne et la mise à mort salvatrice. L’idée de la pureté, du pardon : tout cela se frôle et nourrit l’imaginaire. Nous utilisons par exemple la chaire dans une scène où sont dits des mots de Jaurès, de Barrès et de Badinter sur l’abolition de la peine de mort. On peut établir des parallèles.
Vous avez écrit ce spectacle avec des chansons, des poèmes de Hugo, de Aragon et de Prévert, des discours politiques, des extraits de musiques de Mahler, de Vivaldi, de Saint-Saëns.
Nous avons alterné les formats. Ce spectacle est une superposition de textes et de musiques. Nous avions des morceaux de puzzle et nous les avons assemblés. Pour nous, il y a eu des révélations. Nous nous sommes rendu compte comment une musique nourrissait et enrichissait les propos. Comme un extrait du Dernier Jour d’un condamné de Hugo sur L’Hiver de Vivaldi. Il y a eu des révélations comme celle-ci. C’est ce qui a été passionnant dans ce travail. Nous enchaînons des formats différents et le tout raconte une histoire.
Madame Raymonde n’est pas seule. Elle est en compagnie de sa fille.
Elle est avec sa fille et ses geôliers de sa cellule de prison qui sont les musiciens. Titine lui rend visite une heure avant son exécution. Il y a pour cette fille une urgence à dialoguer avec sa mère. Elle lui demande des comptes et veut comprendre pourquoi elle découvre tout cela seulement maintenant. Pendant cette conversation, chacune défend sa façon de vivre et livre ses secrets.
Est-ce que Madame Raymonde a beaucoup changé alors qu’elle est en prison ?
Elle a toujours la même gouaille, le même humour, la même façon de parler. Pourtant elle se retrouve dans une situation grave. Madame Raymonde est la reine des pirouettes. Nous nous sommes astreints à mettre de la légèreté dans ce spectacle mais nous ne tournons pas le sujet en dérision. J’aime beaucoup faire l’andouille et faire rire mais je préfère interpréter des chansons tendres et d’émotions qui font plutôt pleurer. Ces chansons font davantage appel à une sincérité plus personnelle et renvoient à une part plus intime de l’interprète. Le rire est difficile à engendrer mais c’est une technique, une horlogerie suisse. Il fonctionne dans un tempo et dans une langue. Le rire demande une mécanique précise alors que la larme demande une mécanique plus floue.
Infos pratiques
- Vendredi 12 décembre à 20 heures, samedi 13 décembre à 18 heures à la chapelle Corneille à Rouen
- Durée : 1h30
- Tarifs : de 38 à 10 €
- Réservation au 02 35 98 74 78 ou en ligne
- Aller au concert en transport en commun avec le réseau Astuce
