Il y a le feu chez Agrippine

Photo : IStock

Agrippine, Britannicus, Néron, Junie, les personnages de Racine, se retrouvent dans En dessous de vos corps je trouverai ce qui est immense et qui ne s’arrête pas, une pièce de théâtre de Steve Gagnon. La compagnie ADN joue la première représentation vendredi 9 janvier à L’Éclat à l’issue d’une résidence de création.

« Je me suis beaucoup reconnu dans ce texte ». C’est la remarque que s’est fait Anthony Jeanne après la lecture de la pièce de théâtre de Steve Gagnon, auteur québécois, En dessous de vos corps je trouverai ce qui est immense et qui ne s’arrête pas. « J’ai été très touché. L’écriture se rapproche de celle de Xavier Dolan. Elle est très dynamique. Ça se dit vraiment les mots. Ça s’arrache. Il y a à la fois de la vulgarité, du lyrisme, de la poésie… Le texte, très sombre et violent, aussi pétri de fragilité et d’espoir, vient toucher à l’émotionnel », confie le comédien et metteur en scène de la Compagnie ADN.

Présenté pour la première fois dans une version française vendredi 9 janvier à L’Éclat à Pont-Audemer, En dessous de vos corps je trouverai ce qui est immense et qui ne s’arrête pas est une vision du monde singulière. Là, il est question de patriarcat, de violences sexuelles et sexistes, d’une masculinité toxique, de rapports entre les hommes et les femmes, de lutte sociale, de trahison, de pouvoir et de domination. 

Sur un plancher

Pour écrire ce texte, Steve Gagnon a emprunté ses personnages à Jean Racine et à sa tragédie, Britannicus. Dans un pavillon de banlieue, Agrippine, la mère, vit avec ses deux fils, Britannicus et Néron, et l’amoureuse de ce dernier, Octavie. Lorsqu’arrive Junie, la copine du premier, le semblant d’équilibre familial s’effondre. Néron veut séduire Junie. Anthony Jeanne a choisi comme seul décor, un plancher, de seulement 25 m2, qui symbolise la maison. Sur cet espace étroit, tel un ring, les tensions entre les personnages sont exacerbées. D’autant qu’une charpente se rapproche du sol au fil du spectacle. L’explosion est proche.

Pierre Philippe, comédien qui a grandi à Pont-Audemer, est Néron. « C’est le moins sympathique. Ce fut très intéressant pour moi. Néron est un humain qui a une violence et une colère. J’ai dû aller chercher chez ce personnage les points de blessure et de frustration parce que les folies partent toujours d’un endroit ; que ce soient une humiliation, un rejet. Après un travail d’enquête, je me suis aperçu que Néron souffrait de son image. Il est persuadé que sa mère préfère son frère ». Un Britannicus, plus beau, plus fort et beaucoup plus lumineux. À ce jeu des comparaisons, Néron « se met dans un dégoût de lui-même. Il ne s’aime pas. Il y a du Richard III en lui. De plus, la relation avec sa mère est très dangereuse. Ils s’aiment beaucoup. Tout cela le gangrène ».

« Tous blessés »

Dans En dessous de vos corps je trouverai ce qui est immense et qui ne s’arrête pas qui réunit Nadine Béchade, Alyssia Derly, Marion Rozé et Jules Tricard, les cinq personnages sont « tous blessés, indique Anthony Jeanne. Cette pièce raconte en cela le mal d’un siècle ». Quant aux figures féminines, « elles sont très actives et très puissantes. Ce sont les trois cerveaux de la pièce. Agrippine est une mère tentaculaire, une mante religieuse qui est prête à tout pour garder ses enfants auprès d’elle. Octavie va devenir la plus folle et Junie va décider de se venger de sa souffrance ».

Alors, dans cette famille, qui est le monstre ? « Néron croit qu’il en est un parce qu’il est violent. Mais il n’est pas plus un monstre que beaucoup d’hommes se comportant comme lui. Beaucoup de femmes vivent la violence de ce genre d’hommes ultra toxiques », remarque Anthony Jeanne. « Être nommé comme tel donne à Néron une raison de vivre, une croyance. Il rentre alors dans une radicalité et dans une perversité. Ce qui est une solution de facilité », ajoute Pierre Philippe. Dans cette famille, l’amour a un autre enjeu, celui d’une lutte de pouvoir, même si la maison doit s’écrouler.

Infos pratiques

  • Vendredi 9 janvier à 20h30 à L’Éclat à Pont-Audemer 
  • Durée : 1h50
  • À partir de 14 ans
  • Tarifs : 15 €, 11 €
  • Réservation au 02 32 41 81 31 ou en ligne
  • Des places sont à gagner
Partager l'article