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Arthur Ely : « il faut s’aménager des espaces où l’on perd pied »

photo : Jonathan Steuer

Arthur Ely a une poésie toute singulière : vibrante, radicale, douce, libre, mélancolique, lumineuse. Sans être désabusé, il porte un regard franc, parfois noir, sur les blessures de la vie, la mort, l’amour. C’est juste Saignant, comme le titre de son album sorti en octobre 2025. Il faut y ajouter une pincée d’humour. Arthur Ely aime jongler avec les mots, avec les intonations de sa voix sur un rap électro aux teintes parfois de bossa nova. Auteur du recueil Les Jours fument ta viande, l’artiste, originaire de Strasbourg, performe et chante les 16 et 17 janvier au Havre — où il est désormais installé — lors du festival Le Goût des autres avant de reprendre la tournée. Entretien.

Est-ce que l’écriture est devenue un travail quotidien ?

Oui, elle est devenue quotidienne depuis trois ans. J’ai encore quelques périodes durant lesquelles je me concentre sur d’autres types de travail mais je m’efforce d’écrire tous les jours. Je veux avoir des matières récentes dans lesquelles je peux venir piocher pour les albums et les recueils. Cela demande beaucoup de travail mais je m’amuse. Cependant, on n’écrit pas sans lire et sans écouter des chansons, sans que d’autres aient fait ce travail auparavant. Je vais piocher des mots qui se transforment lors d’un travail plus personnel. C’est une activité constante et laborieuse qui me plaît beaucoup.

Qu’est-ce qui vous anime dans ce travail d’écriture ?

C’est assez mystérieux. Ce qui me plaît, c’est que lorsque l’on commence un texte, on ne retombe jamais sur ses pattes. On ne sait jamais où tout cela va nous emmener. Je suis toujours très curieux de ce qu’il va arriver. Cela me permet de me sentir relié à tout un tas de gens, d’être dans une voix collective. Quel que soit le travail créatif, il faut s’aménager des espaces où l’on perd pied. Cela pousse à faire des choses improbables. Il m’arrive de rire de ce que je suis en train de faire. Même si c’est complètement nul. 

Est-ce que vous avez toujours laissé une place à l’écriture ?

Non, j’ai commencé par l’écriture de chansons à la fin de l’adolescence. J’écrivais pour mettre des textes sur des mélodies que je composais à la guitare. Mais c’était ignoble. Il fallait néanmoins passer par là. L’écriture est vraiment arrivée dans un deuxième temps quand je me suis installé à Paris. Là, c’est passé par le rap. J’ai senti un travail très particulier sur le texte. C’était un engagement total. Puis est arrivée la poésie. Maintenant j’ai un projet de roman.

Est-ce que le roman était un objectif ?

Un roman, c’est comme une sorte de graal. Je suis aussi traversé par ce cliché. J’ai pensé au roman après la rencontre avec un éditeur qui m’a proposé de travailler sur un sujet. Les romans qui m’ont donné la plus grosse claque ont été écrits par des auteurs qui ont commencé par la poésie. Je pense à Virginia Woolf ou Roberto Bolaño.

L’autre objectif, comme vous le chantez : la moindre des choses, c’est de faire des chansons sublimes.

Si ce n’est pas pour faire des choses sublimes, qu’est-ce que l’on fout ? C’est une quête sans fin. Le travail de création nous bouffe la nuit et le jour. La beauté peut prendre tout un tas de formes dans un quotidien nul. Et cela se cultive. Mais il faut aussi trouver du sens. Il faut prendre du temps pour regarder d’une certaine façon, passer par d’autres paires d’yeux et d’autres voix. Cela demande un certain rapport au monde lorsque la société ne favorise pas cela. Celle d’aujourd’hui demande d’être efficace. Or, pour entrevoir la beauté, il faut casser cela.

Et cela peut être saignant.

Oui, c’est un peu la même chose. J’ai employé le mot, saignant, pour parler d’une langue radicale, frontale. La beauté est quelque chose qui n’est pas vu et revu, pas cuit. Cela doit être frais. Par ailleurs, le sang permet d’être en vie et en mouvement.

Êtes-vous une personne contemplative ?

Plus j’avance dans la vie, plus j’observe. Au début, je me suis basé sur les expériences de ma vie, sur ma culture. Le rap a été important. C’est comme une revendication autobiographique. Après on se décentre et on peut aller voler des histoires à ses amis.

Vous restez le plus souvent dans des contrastes.

Je m’ennuie lorsque l’on est juste heureux ou triste. Nous avons besoin de contrastes. Cela m’intéresse de tenir une émotion ambiguë. C’est plus fin et proche de nous.

Est-ce que Le Havre est une ville inspirante ?

Carrément ! Je suis au Havre depuis deux ans. Je me sens bien ici. Je me sens en paix. Je suis cependant en lutte avec les goélands. Une fois, l’un d’eux m’a volé un bout de crêpe. J’ai pris cela comme une offense. Maintenant, je m’amuse avec eux. J’aime Le Havre avec cette mer qui entre dans la ville, avec son architecture, très belle. C’est une drôle de ville qui a une personnalité bien à elle. J’ai un bon feeling ici.

Infos pratiques

  • Vendredi 16 janvier à 19h30 au Volcan au Havre avec Gabrielle de Tournemire, Louise Rose, Thomas Bontemps
  • Samedi 17 janvier à 21h30 au théâtre de l’Hôtel-de-Ville au Havre avec Louise Charbonnel et Elias Dris
  • Entrée libre
  • Réservation en ligne
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