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L’alcool à l’école

Il a fallu franchir de nombreuses barrières, notamment celle des lobbys, et contester quelques a priori avant de parvenir à une évidence. Le musée national de l’Éducation revient sur les différentes réflexions menées sur les Enfants et alcools, titre de cette nouvelle exposition, richement documentée, à voir jusqu’au 3 janvier 2027.

Des boissons alcoolisées à l’école ? Une habitude impensable aujourd’hui. Et pourtant, le vin était sur les tables de la cantine dans les écoles maternelles et primaires jusqu’en 1916. Il a été interdit aux enfants de moins de 14 ans en 1956 et il a fallu attendre 1981 pour voir disparaître les pichets de vin au lycée. Le musée national de l’Éducation s’est donc interrogé sur les relations entre enfance et alcool et en présente toutes les ambiguïtés dans cette exposition qui se tient jusqu’au 3 janvier 2027. Même si l’école a prôné la tempérance, elle a multiplié les références à l’alcool. Un exemple : pour l’apprentissage de la lettre v : à côté de locomotive et valise sont écrits vin et cuve.

L’alcool a fait partie du quotidien des enfants. Comme sur les planches didactiques ou des cartes postales d’Henri Manuel montrant un garçon se servant un verre de vin. La légende dit même : « le secret du bonheur est tout au fond du verre ». Dans les dinettes, il était courant de trouver des mini bouteilles de rhum. « Tout était fait pour inciter à un jeu d’imitation des adultes par les objets, le geste et la parole », remarque Kristell Gilbert, co-commissaire de l’exposition.

L’historienne Victoria Afanasyeva, autre commissaire, qui a ajouté des photos personnelles, se souvient des fêtes de famille. « Je suis avec mes cousins qui sont en train de trinquer. Nous faisions comme nos parents et nous faisions semblant d’être ivres. » Les enfants étaient également les proies faciles pour les entreprises. Des slogans publicitaires de marques de vin, de bière et de cidre figuraient sur les premières ou dernières pages de cahiers, sur les buvards, sur les règles et autres matériels scolaires.

Pourtant, l’État a mis en place un enseignement antialcoolique, une partie obligatoire dans les programmes scolaires, dès la fin du XIXe siècle. Il a considéré que l’excès de boisson avait entrainé la défaite de certaines guerres. Les Gaulois sont cités en exemple. C’est alors une autre iconographie qui se développe en parallèle avec des images de familles en souffrance, de violence, d’organes malades… L’école enseigne désormais les méfaits de l’alcool et ses propriétés en cours de physique. Elle organise des concours de dissertation et de dessin. Les élèves doivent rédiger des compositions et découvrent Les Conseils du père Boitrop.

Des campagnes encouragent à la consommation de fruits, d’eau et de lait. En 1954, Pierre Mendès-France instaure la distribution d’un verre de lait aux élèves chaque jour. En 1991, la loi Évin interdit la publicité pour l’alcool à l’adresse des mineurs. Au fil des décennies, le discours a évolué pour devenir préventif. Il se lit également dans des bandes dessinées, des jeux de l’oie et des jeux vidéos.

Infos pratiques

  • Jusqu’au 3 janvier 2027, tous les jours, sauf le mardi, de 13h30 à 18h15, les samedi et dimanche de 10 heures à 12h30 et de 13h30 à 18h15, au musée national de l’Éducation à Rouen
  • Entrée gratuite
  • Renseignements au 02 35 07 66 61 ou en ligne
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