Deux musiques, le chaâbi et le jazz, s’écoutent, se répondent et s’entrelacent pour créer un langage vibrant, mélodieux, parfois joyeux, à d’autres moments plus mélancolique. C’est le style d’Azawan (musique en kabyle), un groupe fondé par Martin Guerpin et Khirreddine Kati. Avec Martin Berauer à la contrebasse, Julien Lallier au piano et Karim Ziad à la batterie, le saxophoniste, également musicologue, et le joueur de mandole brisent toutes les frontières musicales pour offrir un voyage captivant. Azawan est en concert samedi 18 avril au Clos des fées à Paluel. Entretien avec Martin Guerpin et Khirreddine Kati.
Le chaâbi et le jazz ont des histoires et des traditions différentes. Où sont les points de connexion ?
Martin Guerpin : il y a des pratiques communes. Ces deux musiques laissent une place à l’improvisation. Ce sont deux musiques populaires qui utilisent la chanson comme base mélodique et ont un langage modal. Il y a également un instrumentarium commun, comme les instruments à cordes. Au tout début, on peut trouver du piano dans le chaâbi. Autres points communs : une tradition d’ornementation et un groove. Il faut faire groover les rythmes.
Kherriddine Kati : il y a une grande part d’improvisation dans le chaâbi même si les thèmes sont majoritairement composés. Cette possibilité d’improvisation laisse une grande liberté. Certains morceaux, piochés dans le chaâbi, ont traversé la Méditerranée. Comme Ya Rayah. Le chaâbi est une musique de connexion avec d’autres musiques grâce à son ouverture d’esprit.
Avant de travailler ensemble, soupçonniez-vous ces points communs ?
Kherriddine Kati : cette découverte a fait partie de la création de notre projet. Nous avons cherché ces points de rencontre et trouvé une façon de jouer cette musique. Je viens du chaâbi et je ne suis pas le premier à mener un tel projet. Certains maîtres, des artistes puristes, qui sont dans leur culture musicale l’ont fait aussi. Dans les années 1990, Amar Ezzahi a repris Esmeralda en chaâbi. C’est comme si c’était un nouveau morceau. À force de jouer les deux musiques, on a envie de les connecter, de voyager.
Martin Guerpin : Esmeralda est une chanson aussi. Didine (Kherriddine Kati – ndlr) a proposé de reprendre une autre chanson, Les Moulins de mon cœur de Michel Legrand. Nous la travaillons et elle fonctionne avec le chaâbi. Moi, je ne soupçonnais pas tous ces points communs. Certes le chaâbi fait partie d’une tradition et les musiciens écoutent d’autres musiques et intègrent ces nouvelles influences à cette tradition. C’est la même chose quand le jazz s’empare des morceaux de Broadway. J’ai découvert cela lorsque nous avons commencé à travailler.
Pour travailler ensemble, vous avez dû vous apprivoiser.
Martin Guerpin : oui, nous nous sommes apprivoisés musicalement. Quand nous nous sommes rencontrés, j’étais novice en chaâbi. Il y a tout d’abord eu pour moi un apprentissage de cette musique. Didine est mon maître et il a une façon de faire qui peut être déstabilisante parce que nous sommes dans une oralité. Il faut apprivoiser cette façon d’apprendre cette musique. Et j’ai beaucoup appris de Didine.
Kherriddine Kati : ça me touche et c’est tout à fait ça. Il y a une part d’oralité dans cette culture. L’objectif est de transmettre la philosophie et les valeurs de cette musique. On ne croise pas souvent des musiciens comme Martin. Il a travaillé de manière incroyable sur cette musique. C’est une chose précieuse que je partage avec lui. Je suis très impressionné par sa maîtrise. Il a effectué un travail de fond. Comme il est musicien et chercheur, il fait une autre part du travail. Il y a donc beaucoup d’échanges entre nous et nous partageons ce même plaisir à jouer cette musique.
Un deuxième album, prévu pour la fin de l’année 2026, est en préparation. Comment le travaillez-vous ?
Martin Guerpin : c’est différent. Pour le premier album, nous avions fait une résidence et un concert, puis enregistré. Nous n’avions pas beaucoup joué la musique. Là, nous sommes partis d’une habitude de jouer ensemble. Nous avons été en résidence à Saint-Omer à La Barcarolle où nous avons développé plusieurs morceaux. Nous avons appris les mélodies, les arrangements et jouer. 60 % de l’album est déjà rodé en concert.
Kherriddine Kati : l’autre particularité : nous avons envie d’inviter des guests sur le disque.
Comment cette expérience, notamment celle de l’improvisation, nourrit les nouveaux titres ?
Kherriddine Kati : avec le chaâbi, il faut ressentir le groove dans le corps. On improvise lorsque l’on est parfaitement en phase, lorsque les mélodies et les thèmes sont plaqués sur le rythme. Là, tout s’aligne. Ça sonne. Il y a une magie et on a envie de la garder.
Martin Guerpin : cela se sent lors des concerts parce qu’il y a une prise de risque. Ce que nous ne faisions pas du tout. Maintenant, nous arrivons à savoir ce que l’autre va jouer. L’un de nous peut lancer un morceau puis embrayer sur un autre. Nous avons des réflexes collectifs qui permettent de s’adapter à une proposition d’un musicien. Il se passe alors quelque chose qui n’était pas prévu.
Infos pratiques
- Samedi 18 avril à 18h30 au Clos des fées à Paluel
- Concert gratuit
- Réservation au 02 35 99 25 46 ou à reservations.closdesfees@mairie-paluel.fr
