Mathias Duplessy : « je ne conçois pas la musique sans l’amitié »

Photo : Marie Monteiro

Mathias Duplessy les appelle ses « frères de cordes ». Avec Sabir Khan, au sarangi, Zied Zouari au violon oriental, Guo Gan à l’erhu, Madaakh Daansuren, au morin khuur, et Aliocha Regnard au nyckelharpa, le multi instrumentiste et compositeur, musicien nomade, mène ce projet The Violins Of The World depuis seize ans pour proposer de véritables trips mélodieux vers des contrées inconnues. The Road With You est leur quatrième album où s’enlacent de multiples sonorités. Le groupe est en concert mardi 5 mai au Rive Gauche à Saint-Étienne-du-Rouvray. Entretien avec Mathias Duplessy.

D’où vient ce goût du voyage ?

J’ai toujours eu une curiosité pour les autres cultures, les autres musiques et les autres façons de voir la vie. Il y a peut-être là un fantasme romantique de l’inconnu et de la découverte. J’ai toujours été attiré par l’exotisme à travers les cinémas japonais, américain indépendant… La lecture de roman est arrivée plus tard. Je n’aimais pas lire à l’adolescence.

Est-ce votre instrument, la guitare, qui vous a incité à voyager ?

Dans les années 1990, je suis allé en Andalousie, à Grenade. C’est très exotique par rapport à Paris. Les gens vivent la nuit. On entend du flamenco. C’est la puissance de la vie. J’ai rencontré des personnes gitanes, issues de ce peuple qui a tellement souffert. Nous nous sommes retrouvés dans l’énergie de la musique. Pour moi, la musique est une technique qui nous permet de nous exprimer et le reflet de ce que l’on vit. On peut ajouter le blues aussi. J’ai comme principe : il faut vivre pleinement. Ce n’est pas très intéressant de rester dans son canapé. Il faut se mettre en danger pour aller chercher de la vie, de l’amour…

Est-ce que la guitare a facilité ces rencontres ?

C’est un véhicule en effet. À chacun de trouver son instrument. La guitare me convient très bien. J’aime le côté physique. La main droite permet des percussions qui peuvent être douces, sauvages, intimes…

Comment les musiciens que vous rencontrez bousculent votre pratique musicale ?

Les musiciens que j’ai rencontrés m’ont tellement appris. J’ai appris à jouer de la guitare dans la rue tout seul et avec les gens. Il y a eu les Gitans en Espagne, les Mongols, les Africains… J’ai vécu six ans en Inde. Je ne conçois pas la musique sans l’amitié. La transmission ne se fait pas forcément par l’apprentissage. Elle peut se faire par mimétisme. En fait, on joue comme on est. Quand on vit avec d’autres personnes, on vit comme elles. On bouge comme elles. On mange comme elles et on joue comme elles.

Est-ce que l’improvisation tient une part importante dans vos compositions ?

Non, tout est écrit du début à la fin. Après, sur scène, il y a une part d’improvisation sur des thèmes définis. Ce sont des bouffées d’air. Quand on compose, tout passe par la mémoire, par le cerveau.

Avez-vous composé les titres de ce nouvel album, The Road With You, comme on dessine des cartes postales ?

Oui, cet album est comme un carnet de voyage passé avec divers musiciens. Il raconte nos liens pendant les tournées. C’est surtout un voyage intérieur. Tout m’apparaît comme une ascension. La musique permet de voyager dans l’espace et dans le temps.

Dans cet album, il y a même quelques chevauchées.

C’est assez chamanique. Nous sommes connectés à la nature et à l’environnement. Tout repose sur le trot et le galop.

Infos pratiques

  • Mardi 5 mai à 20h30 au Rive Gauche à Saint-Étienne-du-Rouvray
  • Durée : 1h30
  • Tarifs : de 18 à 5 €
  • Réservation au 02 32 91 94 94 ou en ligne
  • Aller au spectacle en transport en commun avec le réseau Astuce
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