Ysé : « ce sont l’impatience et l’envie qui me font écrire »

photo : Marina Viguier

Des lueurs transpercent toujours les nuits aussi sombres soient-elles. Ysé le raconte dans son premier album, sorti le 26 avril 2026. Pour ce qui nous attend de mieux est traversé par une mélancolie qui surgit lorsque les belles choses échappent. Les émotions sont là, bien ancrées, mais elles donnent une certaine force pour retrouver un nouvel élan. Avec une voix tendre et sensible et sur des mélodies touchantes, Ysé se souvient et espère des lendemains plus joyeux. Elle interprète ses nouvelles chansons, réarrangées par Olivier Gall, fondateur de la chorale Au Cours de l’Iton. Pour ces concerts des 30 et 31 mai à la salle Jean-Pierre-Bacri à Conches-en-Ouche, elle est accompagnée par les choristes et le quatuor Altaïs. Entretien avec Ysé.

Vous vous le demandez dans ce titre, Les Choses simples, est-ce que la dernière chanson de l’album, Pour ce qui nous attend de mieux, est votre préférée ?

C’est une bonne question. Je crois — même s’il y en a d’autres — que c’est une chanson que j’aime tout particulièrement. Elle n’est pas placée à la fin de l’album par hasard. C’est un titre assez intime qui résume bien l’album. On entend aussi la voix de ma mère qui est une chanteuse lyrique.

Vous libérez aussi votre voix dans cette chanson.

L’écriture le demande. Elle est plus lyrique et m’amène sur des notes plus hautes. En effet, ma voix est plus libérée. J’aime l’écriture dans ces tessitures que je n’avais pas beaucoup explorées jusqu’alors. J’étais restée dans une espèce de zone de confort. Il faut maintenant en sortir.

Vous écrivez : quitter, c’est commencer quelque part. Est-ce que l’écriture, c’est commencer quelque chose quelque part ou revenir sur cette chose et un endroit ?

L’écriture, c’est tellement difficile à concevoir. J’ai souvent la sensation qu’il va m’être impossible de dire les choses. Pourtant lorsque je m’y mets, je me laisse transcender par mon inconscient. Je comprends ce que j’ai écrit bien longtemps après. Néanmoins, c’est assez joyeux. Certes je suis plutôt tournée vers une mélancolie mais celle-ci n’est pas larmoyante. C’est intéressant de se découvrir dans l’écriture, d’être dans la compréhension de soi-même. L’écriture crée du lien avec les autres.

Vous écrivez alors après avoir puisé dans des souvenirs et des émotions.

Oui et j’ai à cœur de raconter des histoires, d’avoir une forme de narration. Cela m’importe beaucoup. Il y a un point de départ et un point d’arrivée. Je ne sais écrire qu’à travers ce prisme. J’essaie de m’inspirer de mes histoires, de me projeter dans l’histoire des autres et de me plonger dans mon imaginaire. Elles est une histoire d’amour sur toute une vie. La Neige sur la mer est un hommage à Éric Tabarly.

Et vos lectures ?

Mes lectures infusent par l’amour des mots. Je lisais énormément pendant l’enfance et l’adolescence. Je ne faisais que ça. Je pensais devenir écrivaine. J’ai eu cette passion aussi pour la musique. La chanson est la rencontre de mes deux passions.

Est-ce que ce premier album marque un envol comme le suggère la pochette ?

C’est tout à fait ça. Avec ce disque, j’ai l’impression que quelque chose a éclos en moi. Musicalement, j’ai trouvé ce que je voulais faire. J’ai aussi trouvé ce que je voulais dire. Tout cela est le résultat d’expériences qui ont permis de débloquer quelque chose. Même en matière de légitimité, je me sens à ma place.

A-t-il fallu de la patience ou y a-t-il eu de l’impatience ? Pour vous, vivre, ce n’est pas attendre.

J’ai beaucoup travaillé là-dessus. Ce sont l’impatience et l’envie qui me font écrire. Je travaille en effet sur l’impatience parce qu’elle n’est pas compatible avec une vie apaisée. Je dois trouver cet équilibre entre énergie et patience.

L’amour traverse tout cet album. 

C’est ce qui donne un sens à ma vie. Il n’y a pas que l’amour amoureux. Je prends le sujet de manière très large. Comme cet amour pour ma mère. Enfant, j’avais une admiration pour elle. Il y a aussi l’amour pour la musique.

Votre maman est très présente dans votre projet musical. Vous avez partagé une vidéo de vous deux dans une loge où elle se maquille avant une représentation.

J’ai beaucoup de souvenirs. J’allais la voir quand elle était à l’opéra. Je l’ai tellement admirée. Cela a dû infuser en moi. J’ai reproduit pour lui faire plaisir. La place de chanteuse est bien prise dans la famille et je n’ai pas une voix si puissante. Elle a toujours une place dans ma vie, dans le projet. C’est une maman extraordinaire. J’ai de la chance de travailler avec elle.

Vous avez donné au piano une place centrale dans cet album. Pourquoi ?

Dans mon salon, j’ai un piano droit que j’admire. Je ne suis pas partie loin pour composer cet album. L’album s’est écrit chez moi. J’ai mis des sourdines pour ne pas déranger les voisins. C’est aussi un son choisi pour avoir ce côté feutré et cotonneux. C’est le son de l’écriture.

Comment avez-vous travaillé avec Olivier Gall ?

Nous avons fait beaucoup d’allers et retours sur les arrangements de chœur et du quatuor en amont. Olivier a eu à cœur de ne pas tout chambouler et se mettre au service de l’existant. C’est une chouette rencontre et une expérience assez humaine avec la chorale. C’est royal d’être accompagnée par un tel groupe. C’est aussi un clin d’œil à d’où je viens. J’aime ce métier parce qu’il permet de créer des liens et de partager.

Infos pratiques

Partager l'article