Alexandre Tharaud aime explorer divers répertoires. Pianiste insatiable et virtuose, il excelle dans la musique romantique et baroque, fait des détours dans le jazz et la variété. La musique française a toujours tenu une place importante. IL s’est penché sur les partitions des compositeurs associés à la cour des rois de France aux XVIIe et XVIIIe siècles. Versailles, c’est le titre de son nouvel album, à paraître le 15 novembre, et du programme qu’il interprète jeudi 17 octobre à l’Opéra de Rouen Normandie. Les plus connus, Rameau, Couperin, Lully, dialoguent avec des artistes plus confidentiels, comme d’Anglebert et Balbastre. Entretien.

Vous avez imaginé un programme musical Versailles rêvé. Est-ce que le château et ses jardins vous ont fait rêvé ?

Non, ce lieu ne m’a jamais fait rêvé. Il m’écrase. Quand j’y vais, j’ai l’impression d’être illégitime. Il a été fermé pendant si longtemps à des personnes, comme moi, qui n’étaient pas nobles. C’est presque un endroit qui me fait peur. Quand j’évoque Versailles, je ne fais pas référence au château mais à une époque flamboyante de la culture française.

Pourquoi êtes-vous revenu à cette période ?

Il y a dix-huit ans, j’ai enregistré un disque sur Rameau. Ce fut un succès inattendu qui m’a permis de me faire connaître d’un public plus large. Il est important de jouer cette musique parce qu’elle est la base du piano français. Rameau est le grand-père des compositeurs français, tels que Ravel, Poulenc… Je n’ai jamais vraiment cessé de jouer cette musique. Versailles est comme une sorte de retour aux sources à un moment où il a atteint sa majorité.

Comment définiriez-vous la musique de Rameau ?

Rameau compose une musique fascinante. Da tous les musiciens baroques français, il compose la musique la plus orchestrale. Elle dégage une telle émotion. Ce fut, pour moi, un choc.

Comme la musique de Couperin ?

Rameau et Couperin sont deux piliers de cette époque, deux grands compositeurs baroques français. Ils sont presque de la même époque mais ont deux personnalités différentes. Couperin était un homme plus secret, attaché à une simplicité. Rameau est plus lyrique, plus tourné vers la nature.

À Rameau et Couperin, vous ajoutez au répertoire deux compositeurs très peu joués, d’Anglebert et Balbastre.

Balbastre est un génie de la musique. Sa musique est proche de celle de Rameau. Son œuvre est bouleversante. Elle est aussi difficile à jouer sur un piano moderne parce qu’il y a des ornements pour presque chaque note.

Avec un extrait du Bourgeois Gentilhomme de Lully, vous avez choisi un tube.

Lully n’a pas écrit pour clavecin seul. En revanche, il y a eu des transcriptions pour clavecin. On peut en compter plus de 400. C’est assez impressionnant. Pour cet extrait, l’hymne de l’Eurovision, j’ai écrit ma propre transcription. Dans cet album, je trouvais important de faire cette petite piqure de rappel. Avec une œuvre si connue, le public va se sentir moins perdu.

Quand vous jouez ces pièces, êtes-vous seulement un interprète ou aussi un artiste avec l’envie de transmettre un répertoire ?

Je suis un transmetteur. Je me considère comme un médium. La musique est le seul art qui a besoin d’un interprète pour être délivrée. Elle passe par lui. Quand je suis sur scène, le public entend l’œuvre et aussi ce que je suis.

Avez-vous toujours eu cette volonté d’être un transmetteur ?

Ce qui m’a toujours animé, c’est la scène. Petit, je voulais être danseur. À cette époque-là, je ne savais pas ce qu’était de transmettre. C’est venu plus tard. Pour moi, la scène, c’est ma vie, mon appartement. J’y partage mes passions, Ravel, Pachmaninov, Mozart, Rameau. Dans une salle de concert, tout le monde est en train de jouer. On pense que le spectateur est passif. Pas du tout ! Tous apportent une énergie commune. Je suis le médium pour catalyser tout cela.

Votre nouvel album, Versailles, sort le 15 novembre. Quelle est votre impatience ?

J’ai hâte. Quand tout est enregistré, on n’a qu’une envie : que l’album sorte, que le public se l’approprie. Cela me permet de regarder dans le futur et de mener un nouveau projet.

Infos pratiques

  • Jeudi 17 octobre au Théâtre des Arts à Rouen.
  • Tarifs : de 32 à 10 €. Pour les étudiants : carte Culture.
  • Réservation au 02 35 98 74 78 ou sur www.operaderouen.fr