photo Franck Loriou / Agence Vu

Il a une voix qui envoûte. Parfaite pour devenir un guide lors d’une lecture musicale. Arthur H ne chante pas mais s’empare des mots de l’écrivain Dany Laferrière pour l’ouverture du festival Le Goût des autres au Havre jeudi 19 février. Il mêle deux romans, L’Odeur du café et Le Cri des oiseaux fous lors de cette soirée Des Nouveaux Mondes à la Coupole : Dany Laferrière, un trublion outre-Atlantique. Après L’Or noir et L’Or d’Eros, Arthur H retrouve le musicien complice Nicolas Repac qui dessine un univers musical éthéré. Entretien.

 

Vous avez déjà créé plusieurs lectures musicales. Qu’aimez-vous dans cet exercice artistique ?

C’est un exercice que j’adore. Il me permet de rentrer à l’intérieur des textes, de creuser des paysages intérieurs. C’est vrai, c’est moins fou, moins exubérant que la musique mais c’est plus intime.

 

La chanson ne vous permet-elle pas aussi d’entrer dans l’intimité des mots ?

Oui, bien sûr mais de façon différente. La chanson ressemble plus à un poème, demande une plus grande simplicité pour pouvoir toucher tout le monde. La littérature est beaucoup plus riche.

 

Comment avez-vous imaginé cette nouvelle lecture ?

J’ai mélangé deux œuvres et essayé de faire progresser une certaine tension dramatique. Les deux textes se répondent. Dans L’Odeur de café, il revient sur son enfance, douce et colorée, passée avec une grand-mère qu’il a adorée. Dans Le Cri des oiseaux fous, il raconte comment il a dû quitter Port-au-Prince en Haïti du jour au lendemain. Il a appris que son meilleur ami avait été tué par les tontons macoutes et que lui était le prochain sur la liste. Il relate cette dernière journée passée en Haïti, parle de son pays, de sa vie, de sa famille, de sa fuite. C’est très poignant.

 

Quel regard portez-vous sur l’œuvre de Dany Laferrière ?

Toute son œuvre est très autobiographique. Néanmoins, il n’y a rien de narcissique dans ses romans. Dany Laferrière parle du monde parce qu’il l’observe. Il est un poète qui décrit le tragique, la résilience des Haïtiens… Il a aussi fait le choix d’écrire simple, d’aller droit à la sensation. Il n’y a pas besoin de faire compliqué pour être profond.

 

Vous travaillez à nouveau avec le musicien Nicolas Repac. Quelles étaient vos envies ?

On ne se pose pas trop de question. J’amène le texte, Nicolas improvise. Quand ça marche, que le texte apparaît par la musique, cela nous satisfait. Pour cette lecture, nous avons eu envie de guitare électrique, d’un peu de percussions pour installer divers climats.

 

Quel lecteur êtes-vous ?

Je travaille de manière intuitive. Je me mets au service des mots. Je suis aussi musicien et j’interprète les mots autant de façon musicale, sensuelle que de manière explicative. Lors des lectures, je veux avant tout faire naître des images