D’un drame personnel, Céline Milliat Baumgartner a écrit un livre, puis une pièce sensible qu’elle joue samedi 11 janvier à L’Éclat à Pont-Audemer. Dans Les Bijoux de pacotille, la comédienne et autrice revient sur l’accident de ses parents, survenu dans la nuit du 19 juin 1985 à l’entrée du tunnel de Saint-Germain-en-Laye. La voiture sort de la route, vient percuter un poteau et s’enflamme. Les sauveteurs vont alors retrouver deux corps sans vie, enlacés, deux bracelets et une boucle d’oreille. Céline Milliat Baumgartner a 8 ans. Trente ans plus tard, elle fait le récit de son enfance, entre souvenirs précis et plus vagues, et de cette vie sans ses parents. Entretien.

Un livre puis une une pièce de théâtre : était-ce pour vous une suite logique ?

Il y a eu tout d’abord l’écriture du livre. J’ai toujours écrit dans un journal intime. Comme tout le monde. La maternité a entrainé une interrogation sur ma vie. La question des origines est revenue très forte. L’écriture m’a permis d’affronter ces fantômes qui prenaient trop de place en moi et de les accepter. Après l’écriture du livre, il y a eu des lectures. Il était devenu évident de créer une pièce de théâtre. Mais je ne savais pas comment. Je voulais juste ne pas la monter toute seule.

Vous avez demandé à Pauline Bureau de mettre en scène.

Cette rencontre est très belle. Quand j’ai remplacé quelques actrices dans ses spectacles, Pauline m’a dit qu’elle avait lu mon livre et souhaitait m’accompagner dans cette création. Nous avons commencé à répéter ensemble et tout semblait évident. Pauline a cette sensibilité des histoires vraies et ce talent d’en faire du théâtre, une histoire de fiction. Elle est sensible, joyeuse. J’aime son univers. Tout ce travail a été fait avec beaucoup de délicatesse.

Pour écrire Les Bijoux de pacotille, vous vous êtes attachée à vos souvenirs. Pourquoi ?

Je me suis attachée à ce qui me restait de mes parents, à mes souvenirs d’enfance, à des souvenirs inventés, plus ou moins consciemment. Je suis aussi allée interroger quelques personnes, récupérer le procès-verbal de l’accident, un objet réel que je n’avais jamais lu. Tout cela est arrivé dans le désordre. J’ai procédé comme une détective pour avoir la distance nécessaire.

Êtes-vous restée fidèle au livre dans la pièce ?

J’ai essayé de trouver un équilibre entre trahir le livre et y rester fidèle. Il y a des moments sans texte, des projections de vidéos en super 8 des années 1980. Ce sont des souvenirs de vacances qui ne sont pas les miens. Grâce au théâtre et à l’audace de Pauline, ce fut assez libérateur. J’ai aussi gardé des passages du livre qui me faisaient peur.

Lesquels ?

Je n’avais pas envie de parler de ce moment où mon frère et moi ne sommes pas allés à l’enterrement de nos parents. La famille en avait décidé ainsi. Je ne voulais pas en parler pour éviter d’apporter trop de jugements sur les adultes. Pourtant, c’est un fait important sur lequel le public me pose beaucoup de questions.

Est-ce difficile de partager ce drame ?

Quand on sort un livre, on est tout seul. Le fait de jouer ce texte et voir qu’il résonne montre qu’il y a un vrai désir de partage de cette histoire. Ce plaisir de raconter et de partager se fait dans les deux sens. Je suis très attachée au théâtre. C’est ma vie depuis longtemps. Ce n’est pas la première fois que je joue seule sur scène. Comme toujours, le trac est plus grand. Je maîtrise très bien cette histoire. Le public est très attentif, différent. Je suis très émue de la relation qui se noue pendant le spectacle.

Quel rapport avez-vous à l’écriture désormais ?

Ce livre m’a ouvert les portes à l’écriture. Être seulement actrice devenait insuffisant. Cela a été un tremplin. Il m’a fait prendre conscience de cette possibilité. J’ai plein d’autres histoires à raconter. Jusqu’alors, je ne pensais pas que c’était possible.

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