C’est un nouveau chapitre sur l’histoire de l’art moderne qui s’ouvre au musée des Beaux-Arts à Rouen. Après Picasso, Duchamp, Braque, Miró et Calder, il raconte les influences de la peinture et de la photographie sur le cinéma. Arts et cinéma, les liaisons heureuses est à voir jusqu’au 10 février 2020.

Les liens entre les arts plastiques et le cinéma ont toujours été évidents. Ils ne sont plus à démontrer. Juste à observer pour tisser le fil d’une histoire riche qui commence au XIXe siècle. Dans son exposition, Arts et cinéma, les liaisons heureuses, proposée jusqu’au 20 février 2020, le musée des Beaux-Arts de Rouen revient sur leurs influences réciproques lors d’un parcours chronologique, ponctué d’extraits de films, de photographies, de peintures, de dessins, de maquettes…

Avec les impressionnistes

Tout commence avec le diorama, mis au point par Louis Daguerre, et la chronophotographie. Deux procédés qui donnent l’illusion d’une image en mouvement. Étienne-Jules Marey joue avec les courants de fumée et Eadweard Muybridge reconstitue le mouvement d’un homme en train de marcher. Ce sont là les prémisses. Il faudra bien sûr attendre les frères Lumière, Auguste et Louis, pour que les liens entre arts et cinéma se nouent véritablement. Et ce, en pleine période impressionniste.

Selon Sylvain Amic, directeur de la Réunion des musées métropolitain, « les frères Lumières s’inspirent des impressionnistes. Ils filment en plein air, se confrontent aux mêmes sujets. Leur cadrage révèle une culture picturale ». Après L’Arrivée du train en gare de La Ciotat en 1895, rappelant La Gare Saint-Lazare de Monet, ils réalisent Les Rochers de la Vierge à Biarritz l’année suivante. C’est un plan fixe sur une mer venant se briser sur les rochers. Les frères Lumières se concentrent sur un seul sujet, le mouvement de l’eau.

Léger et Chaplin

Dix ans plus tard, avec la révolution cubiste, le monde est regardé sous un autre angle. Dans un court métrage daté de 1912, Georges Monca se moque à travers son personnage de Rigadin des peintres de son époque. Fernand Léger s’intéressera au cinéma grâce à Charlie Chaplin. Il va signer l’affiche de La Roue d’Abel Gance et réaliser une partie des décors de L’Inhumaine de Marcel l’Herbier. Le motif de la mécanique est repris autant par Léger que par Chaplin. Le premier dans des peintures, le second dans Les Temps modernes dont quelques rouages sont exposés. A voir également un autoportrait de Charlie Chaplin. 

Après le cubisme, l’abstraction et ses formes hypnotiques, l’expressionniste à travers le film de Robert Wiene, Le cabinet du docteur Caligari, avec des décors peints. Le cinéma s’inspire de l’art surréaliste. Il y a Un Chien andalou de Luis Buñuel, La Maison du docteur Edwardes d’Alfred Hitchcock qui demandera à Dali d’imaginer le décor de la scène du rêve. Dans les années 1950, les cinéastes portent un intérêt aux gestes des peintres. Henri-Georges Clouzo dévoile Le Mystère Picasso et Hans Namuth montre le dripping avec Jackson Pollock.

Pas d’exposition sur le cinéma sans évoquer La Nouvelle Vague. Godard a dû penser à Yves Klein quand il demande à Jean-Paul Belmondo de recouvrir son visage de bleu dans la scène finale de Pierrot le fou. C’est aussi devant l’atelier d’Yves Klein que se termine la fuite du héros d’À Bout de souffle. Depuis, les liens entre arts et cinéma ne se sont jamais dénoués. Les artistes du Pop Art ont pioché dans le cinéma qui s’est aussi nourri des peintres de la figuration narrative.

Infos pratiques

  • Jusqu’au 10 février 2020, tous les jours, sauf le mardi, le 25 décembre et le 1er janvier, de 10 heures à 18 heures au musée des Beaux-Arts à Rouen.
  • Tarifs : 6 €, 3 €, gratuit pour les moins de 26 ans et les bénéficiaires des minimes sociaux.
  • Renseignements au 02 35 71 28 40 ou sur www.musees-rouen-normandie.fr