Ascension et corruption

Mathieu (Lionel Erdogan), sur le point de devenir l’associé de son patron (Charles Berling) / Photo : Paname Distribution

Vivant en France depuis ses 3 ans, le réalisateur turc Hüseyin Aydin Gürsoy signe Une Affaire turque, un thriller, au cinéma mercredi 12 août, mettant en scène un jeune et brillant avocat qui, par ambition, met de côté ses origines et sa communauté.

Une Affaire turque, premier long-métrage de Hüseyin Aydin Gürsoy, est un thriller politique qui se déroule dans le monde des affaires en parallèle de la communauté turque. Et ce n’est pas un hasard si le héros a des points commun avec le réalisateur. Comme lui, son Mathieu est originaire de Turquie. Comme lui, il était petit lorsque sa famille a débarqué en France. Et, comme lui, il a francisé son prénom. Mustapha devient Mathieu pour faciliter son intégration. Et cela a marché…

Côté professionnel, Mathieu (Lionel Erdogan) est devenu un jeune avocat d’affaires brillant. Tellement brillant que son patron (Charles Berling) décide d’en faire son associé dès qu’il aura bouclé un projet délicat qui doit être conclu avant le vote d’une loi européenne qui pourrait en empêcher la concrétisation. 

Des distances avec la famille

Côté privé, on comprend que Mathieu a pris ses distances avec les siens malgré une mère qui l’adule et une sœur qui l’adore. Son père, lui, se montre plus amer face à l’éloignement voulu de son fils. Lors d’un repas en famille, sa sœur lui demande de venir en aide à un ami, Abdullah (Metehan Aygün), un jeune chauffeur de taxi, violemment agressé et gravement blessé par un assistant parlementaire raciste. Mathieu y voit un moyen de faire pression sur un chef de groupe politique et met le doigt dans l’engrenage de la corruption.   

À travers cette Affaire turque, Hüseyin Aydin Gürsoy aborde des sujets toujours d’actualité comme l’identité, l’immigration, l’intégration, la discrimination systémique, l’ascension sociale, la rivalité professionnelle… Sa façon de filmer l’intimité de Mathieu, la tension qui vient le bousculer et sa descente aux enfers nous fait penser au cinéma de James Gray ou de Jacques Audiard. En plus tendre, tout de même. Lionel Erdogan, révélé dans la série Engrenage, n’a pas la carrure d’un Joaquin Phoenix ou d’un Romain Duris. Pour son premier premier rôle, le comédien parvient cependant à nous faire croire en ce Mathieu au bord du gouffre, pour lequel on ressent une véritable empathie.

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