photo Arnaud Bertereau

photo Arnaud Bertereau

The Rake’s Progress, c’est l’histoire de Tom Rakewell, un libertin, un homme marié mais pas amoureux, riche mais menant une vie d’une vacuité abyssale. Poussé par Nick Shadow, personnage diabolique, il va céder aux forces obscures… Igor Stravinsky, pour la musique, Wystan Hugh Auden et Chester Kallman, pour le texte, se sont inspirés des gravures de William Hogarth pour écrire cet opéra en trois actes, créé le 11 septembre 1951 à la Fenice de Venise. Très peu jouée en France, The Rake’s Progress possède pourtant une puissance poétique et politique et a séduit David Bobée qui met en scène son premier opéra. L’œuvre de Stravinsky est présentée les 4 et 6 novembre au Théâtre de Caen avec l’orchestre régional de Normandie, dirigé par Jean Duroyer, puis du 11 au 16 décembre au Théâtre des Arts à Rouen avec l’orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie, dirigé par Leo Hussain. Entretien avec le directeur du CDN de Normandie Rouen.

 

Un opéra, est-ce un hasard ou une suite logique de votre travail ?

Comme souvent ce sont des propositions, des rencontres. Patrick Foll (directeur du Théâtre de Caen, ndlr) m’a proposé cet opéra. C’était difficilement refusable. The Rake’s Progress comporte un vrai texte d’un vrai auteur avec de vraies situation, des personnages hauts en couleur. Le livret m’a beaucoup intéressé. Rakewell est une espèe de Faust qui vit une descente aux enfers.

 

Et la musique de Stravinsky ?

Elle a été compliquée à appréhender. Elle peut être à la fois classique et dissonante. Mon oreille n’est pas éduquée à cela. Plus tard, je suis tombé amoureux de cette musique. L’opéra a alors été une révélation esthétique. C’est un art de la représentation. La musique n’a de sens que si elle est déployée sur scène. Elle est un support pour un art de l’écrit. Le texte et la musique sont faits pour être ensemble. Cette musique que je pensais avec des dissonances, des fausses notes a un sens. Le chant apporte aussi une autre dimension. Les chanteurs ont un appétit. Ils sont curieux. Ils n’ont pas qu’une voix. Ils ont aussi un corps.

 

Quelle a été votre première étape de travail ?

Je suis parti du texte. Même si j’écoutais régulièrement la musique. The Rake’s Progress est une très belle histoire. C’est très écrit, très poétique. Mais c’est une histoire qu’il faut aller chercher. Il est essentiel de trouver une porte d’entrée dramatique. Elle s’ouvre dès les premiers mots : « Ah, je voudrais avoir de l’argent ». Rakewell veut faire fortune, être riche sans avoir besoin de travailler. Aujourd’hui, cet argument devient intéressant. Le diable apparaît alors sans grande conscience et morale. Il est juste une arnaque pour faire de l’argent. Cela s’appelle de la spéculation. Et cela renvoie au libéralisme. La liberté s’exerce sans conscience, sans morale intérieure, sans cette force intérieure. La liberté sans conscience, cela donne le pire et propulse le monde vers la crise.

 

La vie de Tom Rakewell est d’une grande vacuité. Est-il un héros ou un anti-héros ?

Dans l’opéra, Rakewell n’est pas responsable. Il est victime d’une machination. Il suit ses propres désirs, ses pulsions. Le diable lui permet cela. Rakewell devient alors positif, plein d’insouciance, d’inconstance. C’est un héros. On a fait du diable un personnage très sympathique. Il fait son boulot à contre cœur. Il fait ce boulot parce que personne ne veut le faire.

 

La musique est toujours présente dans vos mises en scène. Dans un opéra, elle est omniprésente. Comment avez-vous travaillé avec cette nouvelle contrainte ?

Lors du travail, j’ai découvert la marge de manœuvre. Il y a eu de nombreuses discussions avec le chef. Nous avons inventé avec les interprètes. Les tempi ont accompagné la mise en scène.

 

Mettre en scène un opéra est-ce une expérience singulière ?

C’est un nouveau monde. C’est une autre découverte après le monde du cirque, de la danse, du cinéma… J’ai abordé ce travail avec une grande humilité. J’ai été à l’écoute des gens qui font vivre cet opéra. J’ai essayé de servir au mieux cette œuvre.

 

Y aura-t-il une deuxième mise en scène d’opéra ?

Oui, en 2018 avec l’Opéra comique. Ce sera La Nonne sanglante de Gounod.

 

  • Vendredi 4 novembre à 20 heures, dimanche 6 novembre à 17 heures au Théâtre de Caen. Tarifs : de 49 à 10 €. Réservation sur http://theatre.caen.fr
  • Dimanche 11 décembre à 16 heures, mardi 13 et vendredi 16 décembre à 20 heures au Théâtre des Arts à Rouen. Tarifs : de 68 à 10 €. Réservation sur www.operaderouen.fr