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Hélios Azoulay : « le roman est une expression absolue de soi »

par | 28 janvier 2020 | Dédicace

Il est compositeur, clarinettiste, fondateur de l’Ensemble de musique incidentale. En quelques années, il est devenu le spécialiste de l’histoire des musiques écrites dans les camps de concentration. Hélios Azoulay est surtout un homme attachant et généreux, avec un rire éclatant, qui accorde une grande importance aux mots. Il a signé trois essais, Scandales ! Scandales ! Scandales ! Histoires de chefs-d’œuvre que l’on siffle, Tout est musique et L’Enfer a aussi son orchestre. Il sort un premier roman, Moi aussi j’ai vécu, dont il est le personnage central de l’histoire. Hélios Azoulay revient sur cette enfance chaotique. Il sera jeudi 30 janvier à l’Armitière à Rouen. Interview.

Le roman arrive après trois essais. Est-ce une suite logique ?

Je ne me suis pas dit : il est l’heure du roman. Ce livre est sorti de moi sans que je le demande et que je l’attende. Je suis rentré dans l’écriture sans reculer, sans réfléchir. Maintenant, je peux dire : on y prend goût… Le roman est un genre tellement génial. C’est une expression absolue de soi. Même si je n’avais pas mis beaucoup de contraintes dans mes essais, le roman offre une liberté totale. Je le vois comme un espace de grand chorus symphonique, une grande improvisation.

Est-ce qu’il faut passer un certain âge pour parvenir à parler de soi ?

Je ne sais pas. Pour moi, cela a été le bon âge et le moment propice. Le personnage de ce livre porte mon nom et me ressemble beaucoup mais je ne voulais pas écrire une autobiographie. J’ai préféré l’idée de prendre 90 % de ma vie et d’en faire un délire autobiographique.

Comment a commencé ce roman ?

Tout simplement, le soir, tout seul, en écrivant sans me poser des questions. C’est le flow qui a dicté la forme.

Est-ce que l’écriture d’un roman est proche de celle d’une partition ?

La création, c’est essayer de dénicher, quelle que soit la forme d’art, quelque chose qui n’appartient qu’à soi, un cœur qui n’appartient qu’à soi, un cri qui n’appartient qu’à soi. Cette recherche de soi est la même en musique. On écrit toujours à partir de soi. Cela reste de l’ordre de la nécessité la plus profonde.

Est-ce difficile de se plonger dans les souvenirs d’enfance ?

Le plus difficile est de savoir ce dont on se souvient et ce que l’on fait de ce dont on se souvient. Ma situation d’enfant a été assez dure, désastreuse. Dans tout cela, aller chercher le rire, le bonheur, les différentes éclaircies m’a beaucoup passionné.

Est-ce un combat ?

Je suis doué pour le rire. Et c’est le rire qui nous sauve de tout. Une fois que l’on convoque l’enfance, on ne peut pas le faire dans le drame. Je l’ai convoquée pour me dédommager par le rire, par le délire. Tout en exagérant tel ou tel trait.

Est-ce qu’il a aussi fallu affronter quelques fantômes ?

Bien sûr. Avec l’âge qui avance, je crois de plus en plus que nous sommes habités. Il y a des gens à l’intérieur de nous qui nous parlent, nous crient. Le roman a permis de leur donner des mots. Je trouve que le roman est magnifique parce qu’il leur donne une place extraordinaire.

Est-ce que l’enfance est un moment magique ?

Oui, il me semble. Vu du rivage adulte, c’est un territoire sublime. Tout est là. On est dans le présent, à soi.

Tout est alors résumé dans cette photo publiée sur le roman.

C’est une photo assez rare. Il n’y en a seulement deux ou trois. Comme j’ai un frère jumeau, nous sommes toujours tous les deux sur les photos. Même sur les photos de classe. Cette photo est éclatante. Je suis sur ce canapé en skaï marron avec cette lumière du flash sur mon visage. Je l’ai redécouverte quand j’ai fait des recherches. Je ne m’en souvenais plus. Je ne l’avais pas vue depuis dix ou quinze ans.

La sortie du roman est accompagnée d’un seul en scène.

Tout est arrivé en même temps. Le livre est une activité silencieuse de l’intime. La scène permet de montrer ce que l’on écrit dans la bouche. C’est le Gueuloir de Flaubert. J’ai toujours beaucoup aimé la scène. C’est logique que ce texte existe aussi dans cette version. C’est une dérive dans le roman, dans la mémoire. C’est un grand moment pour moi.

Infos pratiques

  • Jeudi 30 janvier à 18 heures à la librairie l’Armitière à Rouen.
  • Entrée libre.
  • Réservation sur www.armitiere.com

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