Le MuMa, musée d’art moderne André-Malraux, au Havre revient sur les premières années de son ouverture à travers une exposition consacrée à Reynold Arnould, peintre, pilote du projet architectural et conservateur entre 1952 et 1965. Un homme qui a laissé une empreinte indélébile dans le lieu, comme le démontre cette nouvelle exposition Reynold Arnould et le nouveau musée du Havre (1952-1965).

Il est havrais

Reynold Arnould est né au Havre le 7 décembre 1919, il y a tout juste cent ans. Un anniversaire qui méritait bien un hommage à un homme qui a marqué l’histoire de sa ville, surtout à un artiste généreux qui a souhaité apporter un éclairage sur le monde. Reynold Arnould reste dans la ville portuaire jusqu’à l’âge de 6 ans. En 1925, sa famille s’installe à Rouen où vont se révéler les talents de peintre du jeune garçon. Reynold Arnould va étudier au lycée Corneille, puis à l’école des Beaux-Arts de Rouen et de Paris.

La suite : il décroche un second Grand Prix de Rome en 1938 et le premier l’année suivante. Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale l’empêche d’entrer à la Villa Médicis à Rome. Après le conflit, il se rend une première fois aux États-Unis, puis rejoint le groupe de Puteaux avec Villon et Kupka. En 1950, il repart de l’autre côté de l’Atlantique pour enseigner et devenir le directeur de l’école d’art de l’université Baptiste de Baylor. Là, il travaille avec Paul Baker, professeur d’art dramatique. De retour en France, Reynold Arnould se retrouve avec un projet ambitieux entre les mains : imaginer le nouveau musée du Havre dont il deviendra le premier conservateur entre 1952 et 1965.

Un musée moderne

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, Le Havre est pratiquement détruit. Le musée n’échappe pas aux bombardements. Quant aux œuvres, elles sont cachées et préservées. Au début de la reconstruction de la ville, le directeur des musées de France, Georges Salles, met quelque peu la pression au maire de l’époque, Pierre Courant, pour accélérer l’ouverture du futur musée. Un chantier qui ne faisait alors pas partie des principales priorités. Néanmoins, Le musée du Havre sera le premier reconstruit en France et devra être moderne.

Pour concevoir l’ouvrage, la direction des musée de France fait appel à Reynold Arnould. Pourquoi lui ? Sa naissance au Havre n’a certainement pas été le critère principal. Par ailleurs, l’artiste est une personnalité singulière et a une expérience américaine. Dans une ville ouverte sur le monde, c’est un argument qui pèse. Reynold Arnould va ainsi travailler en étroite collaboration avec les architectes du bâtiment et créer un espace de visibilité pour chaque œuvre.

Une volonté d’ouverture

L’emplacement du musée à l’entrée du port a vite séduit Reynold Arnould qui pouvait là faire un lien entre les œuvres et la vue offerte sur la mer. Le futur conservateur souhaite un lieu ouvert, une scénographie nouvelle pour « donner aux œuvres leur pouvoir le plus étendu ». L’ambition de l’homme va encore plus loin. Durant tout ce travail, Reynold Arnould est traversé par de nombreuses questions sur la façon dont on présente l’art moderne, sur les liens créés avec le public, non seulement les fidèles mais aussi ceux qui ne franchissent pas les portes des musées.

Son passé d’enseignant l’amène en effet à des préoccupations pédagogiques. Pour le professeur, un musée ne doit pas être un lieu où on enferme les œuvres mais où chacun peut se retrouver et découvrir la création contemporaine. Reynold Arnould va mener une politique d’acquisition ambitieuse avec l’achat d’œuvres de Pignon, de Villon, de Léger, de Picasso qui signe deux céramiques, présentées pour la première fois.

En constante recherche

Reynold Arnould était tout d’abord un peintre, un travailleur acharné qui n’a jamais cessé de produire, d’interroger et d’interpréter le réel. Pourtant, ce n’est pas cette partie de sa vie qui est la plus connue. Une explication : Reynold Arnould n’a pas d’héritier. Et il est souvent dit : un peintre sans héritier meurt deux fois. Pourtant, il a produit une œuvre abondante et cohérente.

L’exposition au MuMa présente les pièces de Forces et rythmes de l’industrie, ses recherches sur les fresques, et les décors muraux avec ses jeux sur les effets de brillance et de couleurs. Sans oublier ses portraits. Le premier, de Jacques-Émile Blanche, son professeur, réalisé à l’âge de 16 ans, démontre une grande maturité dans sa capacité à capter les expressions de ses modèles. Il y a aussi le portrait de Malraux, si expressif. Au fil des années, Reynold Arnould se libère de l’académisme pour entrer dans une forme d’abstraction géométrique.

Infos pratiques

  • Jusqu’au 16 février, tous les jours du mardi au vendredi de 11 heures à 18 heures, les samedi et dimanche de 11 heures à 19 heures, au MuMa, musée d’art moderne André-Malraux au Havre.
  • Tarifs : 7 €, 4 €, gratuit pour les moins de 26 ans, les demandeurs d’emploi, pour tous les premiers samedis de chaque mois