Lazare Herson-Macarel : « Cyrano, c’est le désir de vivre libre »

photo : Baptiste Lobjoy

C’est une pièce magnifique avec des personnages flamboyants, des tirades inoubliables et une histoire dont on ne se lasse pas. Cyrano est amoureux de Roxane qui, elle, aime Christian. Il va alors offrir ses mots plein d’esprit et de poésie à ce jeune cadet. L’œuvre d’Edmond Rostand, revient saison après saison sur les scènes de théâtre. Lazare Herson-Macarel donne une version épurée de Cyrano de Bergerac pour faire entendre les mots de l’auteur. C’est jeudi 28 avril au Rive Gauche à Saint-Étienne-du-Rouvray. Entretien avec le metteur en scène de la Compagnie de la jeunesse aimable.

Après Molière, Balzac, Sophocle, Corneille, pourquoi avez-vous choisi Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand ?

Cette pièce fait partie de mes premiers rêves de metteur en scène. J’ai eu l’occasion de jouer l’acte 1 dans un atelier et, depuis ce moment-là, ce texte ne m’a plus quitté. J’ai fini par le créer.

Pourquoi était-ce un rêve ?

Cyrano est une figure extrêmement inspirante par son héroïsme, ses moments de bravoure avec la tirade des non merci dans l’acte 2 ou encore les adieux déchirants dans l’acte 5. C’est aussi le rêve, comme dans beaucoup de grandes pièces, de monter un texte sur le théâtre. Cyrano est un poète qui écrit pour un acteur, Christian, qui joue pour une spectatrice, Roxane, pour la séduire. Le théâtre passe par le désir. Et inversement.

Qui est vraiment Cyrano ?

Chez Cyrano, il y a cet héroïsme, le panache mais aussi une part d’ombre. L’attitude vis-à-vis de Christian est destructrice. Là, la pièce devient plus intéressante et met en lumière des personnages comme Roxane et Christian qui sont en fait les vrais héros. Le plus souvent, cette pièce est construite autour d’un acteur star. Cela a pour conséquence le sacrifice de ces deux personnages, qui sont pourtant magnifiques, et une perte d’énergie et de force. Il ne faut pas oublier l’histoire de leur point de vue.

Quelles valeurs incarne Cyrano ?

Cyrano, c’est le désir de vivre libre, dans une indépendance radicale. Il est un grand virtuose de la langue, un personnage magique, infatigable dans le corps et l’esprit. C’était une plaisanterie entre nous pendant les répétitions. Être fatigué était interdit. J’ai rappelé à Eddie Chignara qui joue Cyrano cette idée : il faut du jeu et de la pensée. C’est un rôle physique qui demande une grande palette de jeu, une variété extraordinaire. Dans l’acte 1, il est plein d’énergie. Dans le deuxième, il est amoureux. Le troisième comporte beaucoup de lyrisme. Le quatrième est héroïque et le dernier, élégiaque. Avec cette pièce, Rostand qui passe par tous les styles a un projet fou. Il faut confier ce rôle à un acteur complet. Pour Eddie, c’était aussi un rêve.

Quelle Roxane avez-vous imaginé ?

Roxane est la véritable héroïne. Elle est une figure évanescente qui fait preuve d’un sens de l’initiative bien plus grand que Cyrano et Christian.

Cyrano de Bergerac est une pièce maintes fois montée et vous avez certainement vu plusieurs versions. Comment avez-vous réussi à vous détacher de ces nombreuses adaptations ?

J’ai pu m’en détacher en puisant dans mon expérience propre. Il y a toujours des choses qui entrent en résonance avec son vécu. Il ne faut évidement pas être dans l’imitation mais les précédentes mises en scène sont indispensables pour construire son théâtre. À sa création, cette pièce durait 5 heures, avait 5 décors et réunissait une centaine de personnes. Nous sommes aujourd’hui dans un contexte esthétique et économique différent. Il a fallu inventer. J’ai insisté sur la beauté et la précision de la langue de Rostand afin de mettre en mouvement l’imaginaire du spectateur. Pour ce faire, il y a un duo de musiciens, une batterie et une viole de gambe. L’alexandrin, c’est de la musique. Cette vague de vers entre aussi en dialogue avec les notes.

Que ressentez-vous à présent que ce rêve de mise en scène est réalité ?

C’est un rêve qui peut accompagner pendant longtemps, être renouvelé avec une fraicheur nouvelle.

Infos pratiques

  • Jeudi 28 avril à 19h30 au Rive Gauche à Saint-Étienne-du-Rouvray
  • Durée : 2h45
  • Représentation en audio description pour les personnes malvoyantes
  • Tarifs : de 26 à 8 €. Pour les étudiants : carte Culture
  • Réservation au 02 32 91 94 94 ou sur www.lerivegauche76.fr
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