/

Forever Pavot : « je suis assez fétichiste de cette époque des années 1950 à 1970 »

photo : Antoine Magnien

Émile Sornin est un narrateur de talent. Il installe des univers cinématographiques, proches du polar, où se déroulent des scènes faussement banales et évoluent des personnages à la marge. C’est à la fois drôle et tragique. Dans L’Idiophone, son troisième album avec son projet solo, Forever Pavot, il poursuit l’exploration sonore de ses influences issues de la décennie 1970 dans de riches orchestrations. Il sera en concert à Rush qui se déroule vendredi 30 juin au 106 à Rouen. Entretien.

L’Idiophone pourrait être une suite musicale logique à Rhapsodie et La Pantoufle. L’avez-vous imaginé de cette manière ?

Oui, il y a de cela. C’est un peu le même type de composition. J’ai écrit cet album comme la musique d’un film. Cela m’a d’ailleurs pris beaucoup de temps. J’ai mis cinq ans. Je me suis aussi entouré de plusieurs personnes, de producteurs et de réalisateurs. D’habitude, je travaille seul. J’ai l’impression cependant que ce disque est plus abouti et que j’ai davantage accentué le côté chanson. Il est plus intelligible dans les paroles.

Pour marquer le lien entre les albums, une pantoufle figure sur la pochette.

C’est un clin d’œil qu’a fait Camille Lavaud. 

Son dessin installe l’ambiance du disque.

J’ai toujours travaillé avec des illustrateurs qui ont cette patte vintage. Camille fait de vieilles affiches de cinéma des années 1930. Cela correspond à mon univers même si ma musique a plus un lien avec les années 1960 et 1970. Je lui ai donné carte blanche pour ce travail. Je ne lui ai pratiquement rien dit. Je l’ai très peu guidée. Je lui ai juste envoyé les morceaux et parlé de couleurs. Elle a réalisé un travail de titan avec tous ces petits dessins. Elle a compris mon univers à travers la musique.

La pochette révèle une suite de scènes, comme l’album.

C’est pour cela qu’elle fonctionne. C’est la surprise. Il y a une ouverture avec cet esprit bande dessinée et de musiques à tiroirs. C’est un album avec plusieurs histoires. Je compose tous les jours, j’écris plein de chansons et j’enregistre sans réfléchir dans un premier temps. Quand j’en ai une dizaine ou une quinzaine qui me plaisent, je cherche un ordre logique. J’aime lorsque les gens imaginent un début, un milieu et une fin.

Pour vous, la notion de personnage est aussi importante. Les vôtres sont souvent très fragiles.

Dans les films, ce sont les personnages les plus fragiles et les plus fêlés qui sont les plus intéressants. Ce sont eux qui me nourrissent. Moi aussi, je suis sensible et fragile dans ma manière d’être et de vivre. Il y a ainsi un mélange de mon vécu et de fiction.

Chaque titre est un court métrage.

J’ai tellement écouté de musiques de film. Elles m’ont tellement nourri. C’est toujours ce que j’écoute chez moi. Cela doit être maintenant un réflexe. Mais l’image vient plus tard.

Écoutez-vous seulement des musiques de film ?

Je suis quelqu’un d’assez obsessionnel. J’ai des lubies. Cela fait quinze ans que j’écoute des musiques de film. J’écoute aussi de la musique classique, du jazz, du hip-hop, de la musique électro… Ce qui me rattrape, c’est cette musique des années 1960 et 1970. J’aime beaucoup les arrangements, la production, l’univers visuel, les couleurs, la déco… Je suis assez fétichiste de cette époque des années 1950 à 1970. J’ai compris avec le temps d’où cela venait. Mes parents et mon grand frère sont très cinéphiles et le hip-hop a beaucoup emprunté à cette musique-là.

Pourquoi avez-vous choisi ce mot, L’Idiophone ?

C’est un terme désuet que je trouve très poétique. Il est la combinaison de idiot et phone. Moi, j’ai toujours appréhendé la musique comme un débutant. Je ne sais pas ce que je joue. Je suis un peu comme un idiot. L’idiophone fait partie de cette famille d’instruments qui résonnent d’eux-mêmes et que l’on entend d’habitude en arrière-plan. Je les mets en avant pour créer cette atmosphère cinématographique et davantage de poésie.

Vous reprenez ces formats d’intermèdes musicaux dans L’Idiophone.

Oui, j’ai toujours fait ça. On les retrouve aussi dans le hip-hop. Il y a des intros avec des bruitages et des ambiances différentes. Cela permet de faire des pauses.

Du Pipeau est une pause remplie de second degré.

C’est très absurde, très dada. J’ai toujours eu peur de ressembler à un chanteur premier degré. Il y a un côté absurde dans les textes et dans le choix des instruments. La flûte renvoie à la pratique au collège.

Dans cet album, Les Informations est un titre différent des autres.

Oui, il sort de l’esprit du disque. C’est très ironique. Ce titre est un constat du manque de hiérarchie dans les journaux télévisés. C’est un sujet hyper sérieux et je m’amuse avec les mots pour appuyer cet humour. Mais on va presque vers une atmosphère apocalyptique.

Infos pratiques

  • Vendredi 30 juin à 19 heures au 106 à Rouen
  • Première partie : La Jungle
  • Concert gratuit
  • Réservation en ligne
  • Aller au concert en transport en commun avec le réseau Astuce