Après Wadjda et The Perfect Candidate, la réalisatrice saoudienne Haifaa Al Mansour filme à nouveau une femme qui refuse le rôle que la société lui a assigné dans Les Silences de Riyad, à voir au cinéma mercredi 5 août.
Depuis Wadjda (2012), et The Perfect Candidate (2019), Haifaa Al Mansour s’intéresse principalement à des personnages féminins qui rejettent un système construit par des hommes, pour les maintenir à l’écart des postes décisifs. Avec Les Silences de Riyad, elle nous propose donc une héroïne courageuse, déterminée, énergique. Au commissariat de police où elle travaille à numériser les archives, Nawal (Mila Al Zahrani) passe beaucoup, beaucoup, beaucoup de temps derrière la photocopieuse. Pas de quoi assouvir la curiosité naturelle de cette jeune divorcée qui fait preuve d’indépendance en préférant vivre seule dans un petit appartement qu’entourée de sa famille qui l’attend les bras ouverts.
D’emblée, le spectateur est au courant. Nawal a du caractère et de l’ambition. Elle a pris sa vie en mains après la mort de sa fille, deux jours après sa naissance, et se verrait bien entrer à l’école de police. Les délinquants n’auront rien à espérer de son indulgence, puisqu’elle se dit pour la peine de mort et même prête à jouer les bourreaux si nécessaire.
Elle mène l’enquête
Ce qui n’est que des mots lancés en l’air va prendre de l’importance quand une ado est retrouvée morte en plein désert. Le corps ne pouvant être identifié, aucune disparition n’ayant été déclarée, l’affaire aurait été vite classée si Nawal n’avait pas décidé de mener sa petite enquête contre l’avis de son chef : visite au lycée du coin, rencontre avec la directrice, quelques élèves, quelques parents, surveillance régulière des réseaux sociaux. Rien n’échappe à la jeune femme qui, face aux silences de tous, trouve toujours les mots pour faire parler ses interlocuteurs, sans trop fâcher ses supérieurs.
Le spectateur est pris par l’intrigue et Haifaa Al Mansour s’en sert pour dénoncer les inégalités de genre, pour évoquer la condition de vie des femmes dans une société qui leur accorde moins de valeur et la violence conjugale qui peut en découler. Avec le personnage ambigu de Nawal, la réalisatrice rappelle que, pour mieux correspondre à l’image qu’on attend d’elles, beaucoup de femmes se voient contraintes de porter des masques, et pas seulement le voile, l’abaya ou le niqab.
- Les Silences de Riyad de Haifaa Al Mansour (Arabie Saouite, 1h39) avec Mila Al Zahrani, Aziz Gharbawi, Shafi Al Harthy…
