Zaho de Sagazan : « si tu t’empêches d’être libre, c’est le carnage »

photo : Emma Picq

« Les émotions sont des couleurs », chante Zaho de Sagazan dans Tristesse. Elles sont multiples et vives dans ce premier album, La Symphonie des éclairs. La chanteuse, autrice et compositrice, les expose sans pudeur, avec une certaine autodérision et une voix chaude et vibrante. La musique et l’écriture sont arrivées après la danse et par le piano. Zaho de Sagazan trouve là le meilleur moyen d’exprimer ses tourments d’adolescente. Entourée de sa bande d’amis, elle a entamé une tournée marathon qui passe par Évreux, Saint-Lô et Rouen. Entretien.

Le piano, la voix, le texte : tout est évidement lié pour vous ?

Oui, ce sont trois choix que j’ai fait en même temps. Quand je suis au piano, je chante et je trouve la mélodie. Mon travail est en effet basé sur le jeu au piano. C’est l’instrument auquel j’ai eu accès à la maison. C’est pour cette raison qu’il s’est imposé. Il reste cependant mon instrument préféré parce qu’il est plutôt simple à jouer. Il reste un bon accompagnateur et il a aussi un son que j’adore. Je ne suis pas une très bonne pianiste mais il me permet de m’accompagner. Tout a donc été instinctif. Je n’ai pas vraiment réfléchi quand j’ai commencé à jouer du piano. Depuis, j’adore ça. Et chanter, ça me fait du bien.

Est-ce que composer et écrire est un exercice quotidien ?

Ça l’a été. Aujourd’hui, un peu moins en raison de la tournée. Et ça, c’est une autre expérience pour moi. Pendant longtemps, je n’ai fait que ça. J’ai travaillé pendant cinq ans sur cet album. Désormais, je dois le défendre et nous donnons cinq dates par semaine. Nous sommes donc beaucoup sur la route. Alors quand je vois un piano, je vais jouer et l’écriture revient.

Est-ce qu’il vous manque ?

Oui, même si ce que je vis aujourd’hui est très excitant. J’aime bien ce que je fais maintenant. C’est aussi de ressentir de la frustration. Je préfère ne pas avoir assez que beaucoup.

D’où vient cette volonté de raconter des histoires ?

Cela vient du fait que d’autres l’ont fait avant moi. J’ai toujours aimé que l’on me raconte des histoires et en invente aussi. Elles me permettent de m’exprimer. J’ai toujours ressentir ce besoin de sortir des choses de moi, de dire ce que j’ai sur le cœur pour décompresser. Chanter me permet de rejeter de l’air et de reprendre mon souffle. C’est le même besoin et ça fait du bien. Quand on arrive à ça, on apprend ensuite à maîtriser sa voix, à sortir des mots, puis des mélodies, à rajouter des synthés et des sons. La chanson permet de dire plein de choses en peu de mots. Pour moi qui avais du mal à m’exprimer, à me faire comprendre, la chanson répond à ce besoin.

Écrire permet de comprendre ?

Complètement. J’ai beaucoup compris ce que j’avais dans la tête et ce que les gens avaient aussi dans leur tête. Pour écrire une chose, il faut en effet bien la comprendre, avoir du recul. Qu’est-ce que j’ai envie de dire ? Il faut se poser les bonnes questions, puis trouver une justesse. Cela m’a permis de comprendre beaucoup de choses.

Faites-vous des mots une matière avec laquelle vous jouez avec votre voix ?

Oui, et c’est important. C’est l’objet de la chanson. Si je crie ou je chuchote, la chanson n’aura pas le même impact. Je les écris et les raconte comme j’en ai envie. Il y a aussi l’interprétation, les arrangements, la danse… En fait, la chanson rejoint plein d’arts. On peut aussi créer des tableaux sur scène avec les lights.

Et vous y trouvez votre liberté. Vous bousculez les codes de la chanson.

Je pense, oui. Les artistes qui m’ont inspiré n’étaient pas là-dedans non plus, dans cette alternance de couplets et refrain. J’écoute aussi Pink Floyd, Kraftwerk… Je ne me pose pas de limites. Si tu t’empêches d’être libre, c’est le carnage. Je chéris cette liberté. C’est à cet endroit que l’on fait les choses les plus intéressantes. J’aime beaucoup par ailleurs cette alternance de couplets et refrain. J’aime aussi aller ailleurs.

À quoi rêvez-vous aujourd’hui ?

Oh, de plein de choses. Ce que je vis déjà est un peu dingue. De plus, je le partage avec des gens que j’aime. C’est génial de pouvoir s’entourer de personnes talentueuses et gentilles. Donc je rêve que tout cela continue. Je rêve de rencontrer l’amour parce que cela ne m’est pas encore arrivé et ça ne me déplaira pas. Je rêve d’être en bonne santé, de garder les gens autour de moi. Je rêve de grandir. Dans un an, je ne serai pas la même personne. Peut-être que je me serais découverte.

Est-ce que vous parvenez à contrôler tout cela ?

Je ne contrôle pas, nous contrôlons parce que je suis entourée de plein de gens. Oui, nous contrôlons. Le mot peut paraître négatif mais nous choisissons, nous décidons. Nous essayons de faire tout cela comme nous en avons envie. L’indépendance amène à une liberté et oblige à exercer plusieurs métiers. Cela demande plein de qualités.

Infos pratiques

  • Vendredi 13 octobre à 20 heures au Kubb. Première partie : The Songwriters. Tarifs : de 18 à 10 €. Pour les étudiants :  carte Culture. Réservation au 02 32 29 63 32 ou sur www.letangram.com
  • Vendredi 3 novembre au Normandy à Saint-Lô. Réservation sur www.lenormandy.net
  • Mercredi 13 décembre à 20 heures au 106 à Rouen. Tarifs : 30 €, 26 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 32 10 88 60 ou sur www.le106.com
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