Anne Paceo : « toutes les musiciennes et tous les musiciens ont un attrait pour la spiritualité »

Photo : Sylvain Gripoix

Anne Paceo a composé un album lumineux. S.H.A.M.A.N.E.S. traverse les influences jazz, y ajoute une dimension spirituelle et chamanique. Nourrie de divers sons et ambiances, sa musique traduit des sentiments et des émotions intérieurs et profonds. Les voix et les percussions peuvent amener jusqu’à une transe. La batteuse, compositrice et chanteuse propose là un voyage cosmique. Elle sera vendredi 8 décembre au Tangram à Évreux et samedi 13 janvier au Volcan au Havre. Entretien.

À quel moment avez-vous pris conscience de la dimension spirituelle de la musique ?

Je crois très jeune, mais je m’en suis rendue compte assez tard. Il m’a fallu du temps pour mettre des mots là-dessus. Très jeune, je ressentais des émotions très fortes quand j’écoutais de la musique. Depuis plusieurs années, j’ai l’impression de faire partie d’un grand tout quand je joue. Il y a des feux d’artifice dans ma tête. En vieillissant, je parviens à poser des mots pour décrire ces émotions. Je pense que celles-ci peuvent être également ressenties par des personnes qui pratiquent la spiritualité. J’ai toujours été aussi attirée par des chants sacrés.

Quels chants sacrés écoutez-vous ?

Au départ, c’était des chants classiques. Ma prof de musique m’a ensuite fait découvrir plein de choses. J’ai ainsi écouté des musiques spirituelles de plusieurs contrées. Je suis également allée voir un vaudou en Haïti.

Pour écrire cet album, avez-vous mené plusieurs recherches sur ce répertoire ?

Oui, bien sûr. J’ai écouté beaucoup de musiques, lu des textes d’ethnologues, vu des films et des documentaires. J’ai pris toute cette matière puis j’ai eu besoin de laisser infuser. Comme une écrivaine, il était nécessaire que je sois au plus juste. Je ne pouvais pas écrire ce projet musical sans me plonger dans tout cela. Ce fut de belles sources d’inspiration.

Vous venez du jazz. Le considérez-vous comme une musique spirituelle ?

C’est une grande question. Qu’est-ce que le jazz ? Cette musique est complètement différente dans les années 1930, dans les années 1960 et aujourd’hui. Je viens en effet du jazz mais je ne sais pas si je joue du jazz. Il y a tellement de codes. Au départ, c’est une musique de lutte pour répondre à la répression des Blancs. Je pense que toutes les musiciennes et tous les musiciens ont un attrait pour la spiritualité. Ce n’est pas une question de style.

Pourquoi avez-vous changé l’orthographe du mot chaman ?

Ces points dans le mot viennent semer un doute. J’ai changé le C parce que cela me paraissait prétentieux. Ce disque est une inspiration. Je n’ai pas cherché à refaire ce qui existe déjà. C’est aussi un clin d’œil à l’écriture inclusive. Notre langue est tellement misogyne.

Dans le clip de From Shadow To Light, il y a une série d’images de combats. Pourquoi ?

Ce titre, From Shadow To Light me faisait l’effet d’aller de l’obscurité vers la lumière. J’ai souhaité des images d’archives de luttes menées par des femmes qui sont tenues dans l’ombre. Et ces luttes sont mondiales. Nous voulons toutes la même place.

Comment ce répertoire vous a amené à travailler les voix ?

La voix a toujours été très présente dans mes albums. Pour celui-ci, je l’ai explorée de manière différente. J’ai choisi des chanteuses très libres avec des voix jaillissantes. Elles sont habitées. À chaque morceau, elles jouent leur vie. J’ai voulu que la voix soit un véritable instrument.

Comment cet album va influencer l’écriture du prochain ?

Le prochain album sera complètement différent. Je suis en train de travailler dessus. J’ai envie de garder cette notion d’infinité et de dimension spirituelle. Je vais aller ailleurs dans les timbres et aborder le monde d’une autre manière.

Infos pratiques

  • Vendredi 8 décembre à 20 heures au théâtre Legendre à Évreux. Tarifs : de 25 à 10 €. Pour les étudiants :  carte Culture. Réservation au 02 32 29 63 32 ou sur www.letangram.com
  • Samedi 13 janvier à 20 heures au Volcan au Havre. Tarifs : de 25 à 5 €. Pour les étudiants : carte Culture. Réservation au 02 35 19 10 20 ou sur www.levolcan.com