Glauque : « il faut se confronter à soi pour aller chercher ce qu’il y a à l’intérieur »

photo : Jorre Janssens

Il y a une réelle tension chez Glauque. Avec un premier album, Les Gens passent, le temps reste, le groupe belge tient au fil des différents titres une certaine radicalité autant dans la musique, un rap électro sauvage entêtant, que dans les textes. Il crée un univers crépusculaire rempli de contrastes. Glauque joue samedi 10 février au Kubb à Évreux. Entretien avec Louis Lemage, auteur et chanteur.

Considérez-vous l’écriture comme un souffle ?

Dans une certaine forme, oui. C’est la manière dont j’écris. Je pense beaucoup de cette manière pour la plupart des choses que je fais.

Est-ce un besoin ?

Je ne sais pas si c’est un besoin. Je pourrais m’exprimer d’une autre façon, avec un autre outil. L’écriture est venue naturellement. La musique est venue aussi naturellement parce que j’en écoute beaucoup. C’est davantage par goût.

Vous le chantez : « quand je me sens mal, mes couplets sont toujours bons »

Oui, je le pense. Cela se vérifie dans la plupart des œuvres que je connais. Il est difficile de faire du beau avec du joyeux. C’est en effet très compliqué d’écrire de jolies choses le cœur léger. C’est ce qui crée une certaine fascination chez les gens.

Est-ce qu’écrire est une confrontation avec soi ?

Oui, complètement, comme dans tout processus créatif que ce soit au cinéma, dans la photographie, même dans la cuisine… Il faut se confronter à soi pour aller chercher ce qu’il y a à l’intérieur.

Comment travaillez-vous avec la sonorités des mots ?

C’est un gros défaut que j’ai essayé de gommer. J’avais cette forme de plaisir autosuffisant de jouer avec les sonorités avant de me concentrer sur le fond. Pourtant, le sens, c’est le but recherché. Maintenant, j’allie le fond et la forme.

Pourquoi le rapport au passé est-il si prégnant dans cet album, Les Gens passent, le temps reste ?

C’est une question de caractère. Nous sommes tous un peu comme cela dans le groupe. Ce sujet est donc arrivé tout naturellement. Il n’y a pas une volonté de rattraper ce que l’on a pas vécu. Ce serait futile. Il vaut mieux spéculer sur l’avenir. C’est plus simple. Mais on peut toujours quasiment revenir sur son passé.

D’où cette mélancolie.

C’est complètement relié à cela. Quand j’ai commencé à travailler sur l’album, la question du temps s’est imposée. Je suis alors passé par différentes émotions.

Dans cet album, vous veillez à être souvent dans des contrastes. Pourquoi ?

Aujourd’hui, quand on regarde le monde, il y a de moins en moins de nuances. Les jugements sont en revanche de plus en plus péremptoires. Or, il faut s’imposer cet exercice, souligner cette nuance que l’on perd. Il est important de se mettre face à ces propres incohérences. Que l’on passe d’un extrême à un autre, on passe forcément par la nuance.

Vos textes sont très bavards. Quand vous accordez-vous du silence ?

Dans le restant de ma vie (rires). En terme d’écriture, j’ai du mal à me freiner. La matière est dense, les phrases sont longues. Dans tout cela, le silence peut avoir sa place.

Êtes-vous ce romantique pathétique ?

Nous le sommes tous d’une certaine manière. De par le monde et le contexte dans lesquels nous avons grandi et nous vivons.

Pourquoi affirmez-vous : « je ne suis pas un artiste » ?

Cela revient à la question sur la nuance. L’art est inné à la création. Pourquoi devrais-je être considéré comme un artiste. C’est difficile de créer quelque chose et de dire : cette chose est de l’art. C’est aux autres de le dire.

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