Fabrice Melquiot : « je ne sépare pas le verbe écrire du verbe vivre »

photo : DR

Chute, un terme aux multiples résonances. Fabrice Melquiot et Sophie Berger s’en emparent dans une fiction sonore à découvrir dans le noir samedi 17 février au Passage à Fécamp. Durant toute la semaine, l’auteur, metteur en scène, et l’autrice, réalisatrice son, se nourrissent d’expériences de chute des habitants et habitantes de la ville avant d’écrire un texte entrelacé d’une composition sonore. Cette performance fait partie d’un cycle imaginé par France Culture, non seulement à Fécamp mais aussi à Sète, au Mans et à Nanterre. Dans ces trois villes, le duo revient sur l’année 1989, invente une vraie-fausse émission de dédicaces et refait le match entre la France et l’Allemagne lors de la coupe du monde de football de 1982. Le tout sera diffusé à la radio en juin 2024. Entretien avec Fabrice Melquiot, un des auteurs les plus passionnants, et lecteur de Chutes.

Vous écrivez pendant toute cette semaine à Fécamp. Est-ce que les lieux ont une influence sur votre écriture ?

Oui, bien sûr et encore plus pour ce projet. C’est une performance sur un territoire où la population est le point de départ. J’écris avec Sophie Berger à Fécamp et à partir des rencontres avec les habitants. Nous avons cinq jours pour créer une forme. Le temps de création est en effet ramassé. C’est un choix d’être dans cette urgence.

Pourquoi ?

Il y a le désir de rappeler que les théâtres sont des lieux d’urgence où on se transmet, d’auteurs à acteur, d’acteurs à spectateurs, un sentiment d’urgence. C’est la première raison. Nous cherchons à être, à penser, à chercher ensemble dans nos vies une forme d’intensité plus grande. Il y en effet ce désir de se pousser à la création. Je me suis aperçu que cet état d’urgence contamine les cœurs et les esprits. La deuxième raison : auteurs de théâtre, nous sommes face à des processus de production qui peuvent être lourds. Trois ans peuvent s’écouler entre une écriture et une création. Alors cette lourdeur, nous ne sommes pas toujours prêts à la subir. Je ne sépare pas le verbe écrire du verbe vivre. C’est de cette manière dont je perçois l’écriture qui répond à un désir et un besoin. 

Qu’avez-vous perçu à Fécamp ?

C’est encore trop tôt pour répondre. C’est pour cela qu’il y a aussi une urgence à écouter. Depuis lundi, le théâtre a organisé des rencontres. Souvent, une fiction s’élabore dès le premier jour. Le soir, je n’avais rien écrit. J’ai marché dans les rues. Après, on construit une image d’une ville à travers les personnes que l’on rencontre. Je suis habitué à marcher dans les villes sans but. Cela permet de capter une atmosphère, de comprendre une architecture… 

Pourquoi avez-vous choisi la thématique de la chute ?

Un sujet est une chose intime. Celui de la chute s’est imposé lors des échanges avec Sophie. Beaucoup de gens que nous avons rencontrés au fil des tournées partageaient des sentiments de choses qui tombaient. Cela correspond à un sentiment de déclassement social, de dépression, de faillite. Ce mot peut aussi avoir des occurrences positives. Nous pouvons tomber amoureux. Un inventaire de la chute peut apparaître comme un échec mais également comme le début de quelque chose. Ce n’est pas forcément une fin mais un début.

À nouveau, votre écriture s’ancre dans le réel.

Je crois que j’ai toujours fait ça parce que je n’ai rien à dire. Je n’ai pas de messages à transmettre. Je n’ai pas à témoigner pas de mon histoire personnelle. En revanche, j’ai peut-être une compétence à écouter et à entendre les choses que l’on me dit ou l’on ne me dit pas. J’ai toujours fait cela et de manière encore plus consciente aujourd’hui. Nous sommes quand même dans une panne d’imagination. Or cette imagination doit être au service du réel. C’est notre pouvoir d’inventer le réel. Il faut l’activer, le stimuler. La littérature a ce rôle-là et doit nous aider à être des inventeurs de nos réalités.

Est-ce que ce projet est particulier pour vous ?

Oui, il est spécifique parce que nous sommes deux à écrire. Nous nous consultons. Le texte et le son doivent être imbriqués. Nous construisons une tresse à quatre mains. Il faut construire la partition sonore dans et avec la partition textuelle. Le son qui a un pouvoir d’évocation prendra en charge des séquences que ne peut pas faire le texte. Et inversement.

Infos pratiques

  • Samedi 17 février à 17 heures au Passage à Fécamp
  • Tarifs : 10 €, 8 €
  • Réservation au 02 35 29 22 81 ou sur www.theatrelepassage.fr