Elsa Delmas a passé deux semaines dans la grotte de Lombrives en Ariège. La comédienne et metteuse en scène est l’une des dix artistes à avoir participé à cette expérience scientifique, Deep Time II. Sans repère et hors du temps, elle a commencé l’écriture de Risque de chute, la prochaine création de sa compagnie, La Crevette-Mante.
« La veille d’entrer dans la grotte, j’ai paniqué. Je me suis dit que je ne ferai pas cette expérience. Après avoir passé une nuit blanche, je voulais revenir en Normandie. J’avais très peur. Le matin, j’ai parlé de ces angoisses aux deux chefs, Christian Clot et Mélusine Mallender, qui m’ont rassurée et dit que je ne n’étais pas séquestrée et que je pouvais arrêter l’expérience quand je le souhaitais ». L’expérience, c’est un séjour pendant deux semaines, du 12 au 28 juin, dans la grotte de Lombrives à Ussat dans l’Ariège. Deep Time II est une première mondiale avec ce projet scientifique et artistique organisé par The Human Institute Of Adaptation qui a réuni dix-sept personnes, dix artistes, dont Elsa Delmas, et sept scientifiques.
« Ralentir le rythme »
Là, à 400 mètres sous terre, pas de montre, pas de téléphone portable, pas un rai de lumière. L’objectif de cette expérience a été d’étudier le rapport au temps et le lien entre isolement et créativité. « Quand je suis entrée, j’ai ressenti une sensation inverse. J’étais réconfortée, apaisée, se souvient Elsa Delmas. J’ai hyper bien dormi. J’ai beaucoup mieux dormi dans la grotte que chez moi. Ne pas avoir de notion du temps a été très agréable. Dans la vie, il est rare d’avoir des moments de déconnection. Dans la grotte, nous n’avions pas d’injonction, pas de réveil. C’est très agréable de ne pas être dérangé par le temps. C’est même libérateur. On apprend aussi à ralentir le rythme. Tout prenait du temps et on prenait le temps des choses. Cela nous amène à écouter nos sensations, comprendre nos besoins vitaux, à, en fait, nous reconnecter avec nous-mêmes. Chacun a eu son rythme mais nous étions assez synchronisés. Il y avait une envie de faire groupe ».
Le groupe est descendu avec 1,5 tonne de matériel (tentes, nourriture…) et vécu avec une température de 10° et un taux d’humidité à 100 %. « J’ai eu froid mais on arrive à se réchauffer très vite. Quand j’avais froid, je marchais ». Pendant les deux semaines, les participants à Deep Time II ont appris à se connaître, partagé leur art, fait du théâtre, chanté… « J’ai rédigé un journal de bord pour me souvenir de tout ce qu’il s’est passé ». Ils ont aussi découvert un lieu. « Je n’avais jamais mis les pieds en Ariège. La grotte de Lombrives est gigantesque. J’ai le sentiment d’en avoir vu une toute petite partie. J’ai l’impression qu’il y a des grottes dans la grotte. Les espaces sont complètement différents d’un niveau à l’autre, avec les stalactites et les stalagmites ».
Retour aux origines
Elsa Delmas a mené cette expérience pour nourrir l’écriture de la prochaine création de sa compagnie, La Crevette-Mante. « J’ai eu une passion soudaine pour les grottes. Pour moi, elles sont une métaphore sur la recherche de mes origines. J’ai très peu connu mon père. Ils nous a abandonnés et voulu couper les ponts avec sa famille pour aller vivre seul. Après sa mort, j’ai dû vider son appartement. Lorsque je suis arrivée, j’ai eu l’impression d’entrer dans une grotte. J’étais face à mes origines, à des objets qui ne délivrent pas de messages. Comme des peintures pariétales. Elles sont là mais on ne sait pas pourquoi ».
La comédienne est ressortie de la grotte de Lombrives « hyper heureuse » avec le sentiment d’avoir vécu « une expérience unique, hors norme » et une vive envie de « sentir le soleil sur la peau ». Depuis, Elsa Delmas porte peu son regard sur une montre. Ces deux semaines à 40 mètres sous terre lui ont procuré « beaucoup de joie » et donné « plein de force pour la suite ». Elle joue mardi 15 et mercredi 16 juillet à La Manufacture à Avignon avant de commencer à la rentrée les résidences au Théâtre des Deux-Rives – CDN Normandie Rouen et à La Rotonde, Commédiamuse à Petit-Couronne.


