C’est à Carole Trébor que l’association Lis-moi les mots a donné carte blanche pour la 43e édition de son festival du livre de jeunesse. Historienne, spécialiste de la Russie, et réalisatrice, l’écrivaine s’illustre dans la littérature pour les enfants et les adolescents avec des sujets contemporains et historiques, avec, le plus souvent, des héroïnes, généreuses et lumineuses, combattant pour le bien du monde et la cause des femmes. Son écriture poétique qui fourmille de multiples nuances reste une invitation à se plonger avec délice dans un récit. Carole Trébor sera du 7 au 9 novembre à la Halle aux toiles à Rouen pour des rencontres et des dédicaces. Entretien avec la romancière.
Vous êtes historienne. Est-ce que l’Histoire est une une source inépuisable de sujets ?
Oui, l’Histoire est une source inépuisable. J’aime entrer par l’Histoire pour aller vers la fiction. J’aime aussi parler de plusieurs périodes pour trouver des personnages emblématiques. Je n’écris pas seulement des ouvrages historiques. Il y a eu cette série post-apocalyptique, U4, qui est teintée de fantastiques. En fait, j’aime que les histoires soient intimement liées à la grande histoire.
Dans vos romans, vous jouez avec cette frontière qui sépare la réalité de la fiction.
C’est le propre du roman historique qui permet de mener une enquête sur une période. Cela demande une grande rigueur dans l’approche. Avant d’écrire, j’ai besoin de bien connaître l’environnement, le quotidien… Comment s’habille-t-on ? Comment parle-t-on ? Que mange-t-on ? Quels liens existe-t-il entre les hommes et les femmes ? Je choisis de travailler autour d’un fait ou d’un personnage qui va me guider dans mes recherches et me faire intéresser à une période. Je viens de terminer le roman, Les Filles du roi. L’idée a germé après avoir vu à Dieppe une plaque sur le départ de 770 jeunes femmes entre 1663 et 1673. Elles sont parties pour être mariées à des colons ou d’anciens soldats et repeupler le Canada. J’ai dû me pencher sur l’histoire du Québec et mes personnages sont liés à une réalité.
Dans ce cadre historique, à quel moment se met en route votre imaginaire ?
Cela dépend. Il y a tout d’abord les personnages historiques. Puis arrivent les personnages imaginaires. Ensuite c’est tout le travail de la romancière qui se met en branle dans un cadre qui est la réalité d’une époque. Mais tout cela reste très mystérieux.
Vos héroïnes sont pour la plupart des femmes très courageuses.
Oui, c’est vrai. Dans l’histoire, les femmes ont été courageuses. Elles peuvent aussi être imparfaites. En effet, elles ont fait preuve de courage, de détermination et d’intelligence. Comme Louise Michel ou Katherine Johnson avec ses équations mathématiques que je raconte dans Combien de pas jusqu’à la lune.
Dans leur vie, elles mènent de véritables combats.
Comme dans Les Olympes (un ouvrage collectif narrant des destins de sportives, ndlr), il y a eu la volonté de parler de moments-clés, d’une réalité dans le monde sportif. Ces femmes ont agi non seulement avec courage mais se sont aussi battues pour que les pratiques changent. Nous avons évoqué ces points de basculement.
Dans votre nouvelle fable pour les enfants, Léocadia et l’enfant bleu, votre héroïne est aussi courageuse.
Oui, elle se bat pour libérer son petit garçon. Elle est même un modèle de courage. L’enfant, aussi. Léocadia a le courage de désobéir. Elle va même parvenir à faire évoluer la princesse qui va à l’encontre des ordres établis par son père.
Qu’est-ce qui vous a amené vers l’écriture pour les enfants et les adolescents ?
Il y a eu le fait d’avoir un fils devenu adolescent. Ça joue. Je me suis intéressée aux livres qu’il lisait et j’ai adoré. Ces livres étaient incroyables, très addictifs. Les histoires étaient bien écrites, très fluides, très justes. Il reste aussi une grande part d’adolescence en moi. Je me sens proche et juste lorsque j’écris. Par ailleurs, j’aime beaucoup ces lecteurs et lectrices. C’est chouette de parler avec eux. J’ai des retours très touchants et intéressants de leurs lectures. Pour moi, c’est un beau défi d’être juste pour elles et pour eux.
Quatre jours, 45 artistes et 34 maisons d’éditions
Le festival du livre de jeunesse se tient en fait pendant quatre jours. Pour sa première édition, Régis Le Ruyet, à la direction depuis janvier 2025, a souhaité une ouverture avec une journée dédiée aux professionnels du monde de l’édition pour « donner un poids au festival et lui apporter une reconnaissance institutionnelle ». Il sera ainsi question du roman biographique et du décloisonnement des genres dans les livres pour les adolescents lors des tables rondes.
Lors de cette 43e édition, l’événement de l’association Lis-moi les mots accueille 45 autrices et auteurs, illustratrices et illustrateurs, présents avec 34 maisons d’éditions — 30 % d’entre elles sont nouvelles — du 7 au 9 novembre à la Halle aux toiles à Rouen. Carole Trébor, une fidèle du festival, en est l’invitée d’honneur.
Le programme du festival a ainsi été imaginé par le directeur et la romancière. Leur volonté : s’adresser aux adolescentes et adolescents pour « mettre en avant cette littérature ». La thématique choisie : les mots mêlés. « La littérature se réinvente comme tous les arts, constate Régis Le Ruyet. Elle a une grande capacité d’ouverture à d’autres genres ». « Il est important d’établir des ponts entre les formes artistiques. Il y a plein de manière et de styles de s’adresser aux lecteurs », estime Carole Trébor.
Les mots vont alors se mêler à la photographie, à la vidéo, au cinéma, au théâtre. Le théâtre en effet est, selon l’autrice, « une belle manière de s’adresser aux adolescents. Le Carrelage Collectif fait un travail formidable. Il parvient à créer une lecture théâtralisée sans hacher la narration et ou en y mettant de l’humour. Le rire est très efficace parce qu’il permet une désacralisation et une projection. La transmission passe par là et nous pouvons ensuite ouvrir le débat ». Les textes de Carole Trébor seront lus, joués et performés durant le festival.
Infos pratiques
- Vendredi 7 novembre de 10 heures à 18 heures, samedi 8 novembre de 10 heures à 19 heures, dimanche 9 novembre de 10 heures à 18 heures à la Halle aux toiles à Rouen
- Tarif : 3,50 €, gratuit pour les moins de 18 ans, les étudiants, les bénéficiaires de minima sociaux et les familles nombreuses
- Aller au festival en transport en commun avec le réseau Astuce
