Après des films chorals, Pupille et Je verrai toujours vos visages, Jeanne Herry revient avec Garance, un portrait de femme alcoolique porté par une grandiose Adèle Exarchopoulos à voir au cinéma mercredi 23 septembre.
Après une tragi-comédie, Elle l’adore, en 2014, et deux longs métrages remarqués pour leur qualité quasi documentaire, Pupilles en 2018 s’intéressant à l’accueil d’un bébé né sous X, et Je verrai toujours vos visages en 2023, sur la justice réparatrice, Jeanne Herry revient avec un nouveau film, Garance, et se penche cette fois sur les conséquences d’une addiction à l’alcool. Et là encore, le spectateur reconnaîtra son goût pour la précision, la quête de vérité. Ce qui change cependant, c’est qu’après deux films chorals où l’on s’attachait à différents intervenants du domaine ausculté — infirmières, assistantes sociales, assistante maternelle, parents en quête d’adoption… pour Pupilles, victimes, juges, psys, agresseurs, témoins… pour Je verrai toujours vos visages — Jeanne Herry choisit de parler de l’alcoolisme en général, en partant d’un cas particulier, celui de son héroïne, Garance.
La caméra se concentre donc sur Garance et commence à la suivre dans son quotidien de comédienne intermittente, plus souvent chez elle que sur scène. Cette battante, toujours souriante, toujours partante, on la voit gérer sa carrière sans amertume avec juste ce petit verre d’alcool, histoire de se booster. Et Jeanne Herry a choisi de la suivre pendant huit années. Huit années pendant lesquelles la jeune femme connaît des hauts et des bas. Elle déménage à plusieurs reprises, court souvent après les rôles, rencontre l’amour auprès de la douce Pauline (Sara Giraudeau), soutient sa sœur Judith (Sarajeanne Drillaud), gravement malade, se fait de nouveaux amis, fait la fête… Discrètement, la réalisatrice observe sa consommation d’alcool qui augmente au point de devenir indispensable. Elle filme alors les alertes, les crises, la déchéance physique, discrète mais bien réelle, le déni, la prise de conscience, le soutien des proches, les rechutes, la prise en charge médicale qui impose plus que recommande le difficile chemin de l’abstinence pour arriver au sevrage.
En partant d’un cas particulier, et plus précisément celui d’une actrice qu’elle a été à ses débuts dans le monde du cinéma, Jeanne Herry opte pour un métier instable et bourré d’incertitudes. Toujours en attente d’être choisie, d’être aimée, sa Garance est fragile d’autant plus que, une fois retenue pour un doublage, une pièce de théâtre ou un tournage, elle angoisse à l’idée de ne pas être à la hauteur. Dans ces cas-là, l’alcool apparaît comme un soutien indispensable qui se transforme en handicap lorsqu’elle arrive ivre à un casting… Celle qui est à la hauteur de son personnage, c’est Adèle Exarchopoulos. De tous les plans de ce magnifique portrait de femme, elle se montre sensible, attachante, bouleversante. Et cela n’étonnera pas grand monde.
- Garance de Jeanne Herry (France, 1h55) avec Adèle Exarchopoulos, Sara Giraudeau, Sarajeanne Drillaud…
