Françoiz Breut a « pris la route vers la forêt », lieu si inspirant. La nature est en effet le décor de ce huitième album, Vif !. Au fil des titres, la chanteuse et illustratrice invite à contempler le moindre ver de terre et ressentir l’invisible. Ce disque s’inscrit dans une continuité : une écriture poétique, une pop aérienne et une voix caressante. Françoiz Breut est en concert dimanche 16 novembre au au centre Voltaire à Déville-lès-Rouen dans le cadre du festival Chants d’Elles.
Dans l’album précédent, Flux-flou de la foule, vous vous êtes penchée sur les ambiances urbaines. Est-ce que Vif !, telle une ode à la nature, est à mettre en miroir ?
Oui, cet album s’inscrit dans la continuité de mes réflexions sur mon environnement et sur ce que je vis au quotidien. Habitant à Bruxelles depuis presque vingt-trois ans, je suis entourée de béton et je souffre comme beaucoup de gens de « nature déficit disorder » , pour parler plus simplement, de manque de nature évident. Le monde est tellement mortifère. J’ai acheté un petit bois, non loin de Bruxelles. Il pousse tout seul. Dès que je peux, je prends mon vélo, je sors de la ville et j’y vais pour faire du feu et débroussailler les arbres fruitiers que nous avons plantés. Ils nous donneront des fruits quand nous n’aurons plus rien à manger dans les villes. Je suis dans le mouvement et dans la contemplation. Surtout mon cerveau est en pause.
Comment cet espace de nature vous a inspiré ?
L’idée a été de pouvoir accéder à un bois par l’imaginaire et d’aller y observer tout ce qui continue de pousser, de vivre malgré l’effondrement et la disparition progressive de certaines espèces. J’ai voulu retrouver des sensations d’enfance — comme lorsque je courais dans les bois — aussi par cette thématique, aller y trouver une sorte de refuge imaginaire, loin du monde, des guerres, de la misère des villes, de la mort qui plane un peu partout. Même si je continuerai à vivre en ville, à y trouver et y voir aussi une certaine beauté qui nous entoure.
Vous êtes aussi illustratrice. La forêt est un sujet tout aussi intéressant.
Quand j’ai le temps, je dessine les détails. Je fais des gros plans de brindilles, de la mousse, des racines… C’est très apaisant. La forêt fourmille de détails. On peut imaginer une vie invisible et on ne peut pas s’empêcher de penser aux vieilles histoires avec des elfes et des farfadets.
C’est la deuxième fois que vous collaborez avec Marc Mélià, aux claviers. Comment s’est déroulé le travail avec lui ?
Oui je collabore toujours avec des musiciens et des musiciennes car je sais à peine jouer du clavier et de la guitare. C’est la seule manière pour moi de faire des disques. Cependant, le groupe et les rencontres sont importantes à chaque fois. Il se trouve que, pour ce disque, nous avons décidé de retravailler ensemble avec les trois membres du groupe précédent, Marc Melià , François Schulz et Roméo Poirier. Le disque précédent avait été conçu différemment. C’est surtout Marc Melià qui avait pris les rênes à la fin et produit finalement l’album en plein Covid. Pour celui-ci, il y a eu vraiment un travail collectif. Je voulais que l’on soit tous ensemble impliqués dès le départ. Nous nous sommes tous mis dans une pièce, j’avais déjà des bouts de textes, parfois des mélodies enregistrées à la va-vite avec un petit clavier. Et puis au fil d’improvisations, nous avons fait évoluer les chansons. Le principe : jouer ensemble de la musique et voir ce qu’il se produit sans idée préconçue. C’était beau de voir comment les morceaux naissaient et évoluaient.
Pourquoi justement ces trois-là ?
J’aime leur travail respectif. Ils se complètent bien tous les trois. Marc, pour son travail très élégant et fin autour de ses claviers. Je vois plutôt Roméo Poirier comme un sculpteur de sons électroniques et organiques. Son travail personnel est beaucoup plus abstrait. Enfin, François Schulz a été membre entre autres du fameux groupe Hoquets qui avait fait un mémorable disque il y a dix ans avec Mc Cloud Zicmuse qui chante d’ailleurs notre chanson, Lichens. François est plutôt multi-instrumentiste et très doué aussi pour son travail de fabrication d’instruments bricolés en bois et autres machines électroniques improbables.
Comment s’est dessiné le son de cet album ?
Comme le précédent album avait été très produit, nous voulions justement un son organique. Il est un peu seventies, assez groove aussi, avec beaucoup de basse au médiator, une rythmique très présente. Les contraintes de départ étaient que les gars se choisissent un seul instrument pour ne pas s’éparpiller. C’est pour cette raison que la guitare a été presque mise de côté. Sauf pour quelques touches à l’enregistrement. Et puis le groove est arrivé naturellement, enfin je crois…
Infos pratiques
- Dimanche 16 novembre à 15 heures au centre Voltaire à Déville-lès-Rouen
- Première partie : Coup de chant
- Durée : 2 heures
- Tarifs : de 13 à 5 €
- Réservation au 02 35 74 31 24 ou en ligne
- Aller au concert en transporte transport en commun avec le réseau Astuce
