Au fil du temps, Yalda va découvrir l’histoire de ses parents. En Iran où ils sont nés, Fereydoun, son père, a été journaliste avant d’être emprisonné sous le régime du Shah, et Mina, sa mère, une professeure de philosophie. Après la révolution islamique, le couple, en lutte pour la liberté, a fui son pays et parcouru 4 211 kilomètres de Téhéran jusqu’à Paris où ils sont installés. Née en France, leur fille est nourrie de deux cultures et cherche sa place. C’est le récit de 4 211 km, un texte écrit et mis en scène par Aïla Navidi sur l’exil et le lien fort à un pays, aussi lointain soit-il. La compagnie Nouveau Jour joue du 20 au 22 novembre au théâtre de La Foudre à Petit-Quevilly avec le CDN de Normandie-Rouen et le Théâtre Charles-Dullin et vendredi 28 novembre au Carré du Perche de Mortagne à Mortagne-au-Perche avec la Scène nationale 61. Entretien avec Aïla Navidi.
4 211 km est une distance. Que représente aussi ce nombre pour vous ?
Ces 4 211 kilomètres représentent beaucoup de choses. C’est en effet une distance qui peut être à la fois énorme et toute petite. Elle raconte cependant que l’on est loin de chez soi. C’est aussi la distance qui sépare un pays démocratique et un pays tyrannique. C’est la distance entre la vie et la mort. Et c’est celle pour combattre un régime.
Quel est l’évènement qui vous a incité à écrire cette pièce de théâtre ?
Il y a eu la naissance de mes enfants. Ma question a été : que vais-je leur transmettre en tant que mère ? Avec quelle langue vont-ils grandir ? J’étais tétanisée à l’idée de ne pas leur donner tout ce que j’ai reçu. Je voulais être dans une forme de reproduction. Là, j’étais toute seule pour leur transmettre cet héritage. Au départ, j’ai écrit pour eux, pour laisser une trace. Quand la part intime s’est effacée, s’est ouverte une fenêtre. En tant que femme libre d’origine iranienne, je me suis demandé comment je pouvais militer, raconter cette histoire. J’ai ressenti une forme d’impuissance face à ces femmes iraniennes et ces hommes iraniens qui luttent.
Pourquoi avez-vous gardé la cellule familiale ?
C’était ma volonté. Je me suis aussi interrogée sur le rôle du théâtre, sur la façon de raconter une histoire et de rassembler autour d’une thématique. Quel est le combat à mener ? J’ai préféré raconter par le prisme de l’intime. La cellule familiale est importante. Elle parle à tout le monde et reste universelle. Par ailleurs, je me sentais plus légitime d’être à cet endroit-là. Je parle d’une émotion et d’un sentiment que j’ai traversés.
C’est donc une jeune femme qui raconte.
Cette histoire est inspirée de mon parcours. Ce sont mes mots. Yalda partage son regard, raconte ce qu’on lui a dit et pas dit. C’est cette famille, forcée à l’exil, qui pense partir pour quelques semaines. Or ça dure toute une vie. C’est donc un combat à mener par plusieurs générations. Cette jeune femme se construit à travers cela. Elle questionne ce rapport au pays natal tout en ayant un pied dans la société française. Elle raconte aussi la violence de ce parcours pour devenir française. Quand son premier enfant naît, il y a un conflit au sujet de la transmission du nom. Donner juste le nom du père lui est impossible. Oui, il y a les histoires, les souvenirs, la mémoire mais il y a aussi la peur de l’effacement. Un nom n’est pas seulement un nom. C’est une façon de faire perdurer une culture, une forme de résistance.
Comment avez-vous pensé la mise en scène ?
J’ai voulu être dans une forme de réalité. Elle invite le public dans sa famille et raconte. Dans la tradition persane, il y a beaucoup de conteurs. On avance et on recule dans le temps pour comprendre l’incompréhension, la violence, la colère et ce que les parents ont vécu.
Quel sentiment vous animait lors de l’écriture de 4 211 km ?
J’étais galvanisée. J’étais heureuse de retrouver ces périodes de ma vie et de faire vivre des personnes. J’ai remis de la vie où il n’y en avait plus. J’ai connu des militants et des artistes qui ont été exécutés. C’était assez irréel et nécessaire de leur donner une parole.
Et sur scène ?
J’ai pris plus de recul sur les situations. La pièce est devenue une aventure collective qui me dépasse. C’est un combat qui nous concerne tous. Je ne veux pas le vivre seulement à un endroit personnel et cela donne de la force. En tant qu’exilés et citoyens, nous avons un rôle de relayer ce qui se passe là-bas. Les femmes Iraniennes ont entamé de vraies batailles. Elles sont sur le front dans les grandes villes. La résistance est puissante.
Infos pratiques
- Jeudi 20 et vendredi 21 novembre à 20 heures, samedi 22 novembre à 18 heures au théâtre de La Foudre à Petit-Quevilly. Tarifs : de 20 à 10 €. Réservation au 02 35 70 22 82 ou en ligne
- Vendredi 28 novembre à 20 heures au Carré du Perche de Montagne à Mortagne-au-Perche. Tarifs : de 30,50 à 13 €. Réservation au 02 33 83 34 37
- Durée : 1h35
- À partir de 13 ans
